Episode 5 – Janvier à septembre 2028 – L’heure du chaos, l’heure de la résistance

Cette dystopie[1] est un exercice imaginaire, qui se veut vraisemblable, mais qui peut se révéler approximatif, voire inexact. Après tout, ce sont les hommes qui font l’histoire. Et ce serait une bonne nouvelle si le RN n’arrivait pas au pouvoir ; c’est précisément l’objectif de ce site. Espérons donc que cette histoire reste une fiction.

L’épisode 1 est ici, l’épisode 2 est ici, l’épisode 3 est ici, l’épisode 4 est ici.

Dès l’été 2027, de nombreux collectifs anti extrême droite se sont formés dans les villes et villages de France, tandis que les manifestations se sont multipliées. Au premier semestre 2028, la crise économique consécutive à la sortie de l’UE provoque une forte inflation, une baisse du pouvoir d’achat et une augmentation du chômage. Certaines catégories sociales sont particulièrement touchées : les agriculteurs, les artisans, les petits entrepreneurs, les ouvriers et les employés. L’automne 2028 voit l’irruption d’un mouvement des « gilets noirs », avec une forte participation des agriculteurs, des routiers, des artisans, des employés… dans les villes comme dans les campagnes. Le gouvernement réagit par une forte répression et décrète l’état d’urgence. C’est le chaos. Devant la poursuite de la crise, il dissout l’Assemblée nationale.

JANVIER A JUIN 2028 – LA SITUATION ECONOMIQUE S’AGGRAVE, UN PLAN DE RIGUEUR PROVOQUE DES TENSIONS

  • Janvier et février 2028. La situation économique se dégrade :
    • Le déficit budgétaire atteint 10 %.
    • L’inflation atteint 2,5 % sur le premier trimestre 2028.
    • La sortie de l’UE provoque une baisse d’activité et un renchérissement de produits et matières nécessaires à la production.
    • Des entreprises importantes connaissent des difficultés, en raison de la baisse des exportations ; les plans sociaux et ,les faillites se multiplient, le chômage dépasse les 12 % à la fin du premier trimestre.
    • Le pouvoir d’achat est en baisse, en raison de l’inflation et de la baisse d’activité, mais aussi du renchérissement des prix de l’énergie.
    • Le poids de la dette s’aggrave : elle augmente de 200 milliards d’euros[2] en quelques mois, on assiste à une hausse des taux d’intérêt de la dette et du spread, le gouvernement est contraint de recourir au crédit des banques françaises pour honorer la dette.
  • Un début de crise de confiance apparaît. Suite à des fake news sur les réseaux sociaux, certains retirent leurs fonds des banques ; le MEDEF alerte sur la contraction de la croissance, les difficultés à exporter, la hausse des droits de douane et les difficultés de recrutement.
  • 8 mars 2028. Allocation de Bruno Retailleau, Premier ministre, qui dénonce un « complot international contre la France », qui nécessite la mise en place d’un « plan de rigueur ».
  • 10 Mars 2028. Le gouvernement annonce les mesures du plan de rigueur :
    • hausse de la TVA à 22 %, annulation de la baisse de la TVA sur l’énergie,réforme de la retraite, l’âge pivot passant à 66 ans, la durée de cotisation à 45 ans,augmentation du barème de l’impôt sur le revenu et création d’une tranche supplémentaire, mise en œuvre d’une contribution exceptionnelle des entreprises étrangères,annulation de 15 milliards de budget des différents ministères, diminution de 10 milliards de la Dotation Générale de Fonctionnement (DGF) des collectivités,lancement d’un plan de réduction des fonctionnaires (au sein de « l’administration administrante ») et d’un plan de développement de l’IA dans l’administration et les entreprises,récupération par l’Etat d’un certain nombre de réserves d’établissements publics et institutions (notamment : 45 milliards d’euros d’EDF contre la prise en charge par l’Etat du démantèlement des centrales nucléaires),
    • accélération de la vente de propriétés immobilières de l’Etat.

Dessin de Martin Vidberg. https://www.lemonde.fr/blog/vidberg/utiliser-un-dessin/

  • 10 mars 2028. Le Président de la République prononce une allocution : il évoque un complot contre la France qui associe les forces hostiles au gouvernement (les marxistes et les wokistes) et les puissances étrangères hostiles (les pays de l’UE) ; il insiste sur le caractère provisoire du plan de rigueur et appelle à une mobilisation des « nationaux ».
  • 11 mars 2028. L’opposition proteste vivement contre le « plan d’austérité » et insiste sur ses conséquences : baisse du pouvoir d’achat, développement du chômage, risque de récession…
  • 13 mars 2028. Les syndicats appellent à une journée d’action et à des manifestations contre le plan d’austérité et la défense du pouvoir d’achat le 22 mars. Les partis de gauche s’y associent.
  • 22 mars 2028. Les manifestations sont imposantes. Des affrontements éclatent lors de la dispersion des manifestations.
  • Mars et avril 2028. La mise en œuvre des mesures sur l’immigration provoque de multiples difficultés :
    • Les mesures de limitation de l’immigration ne font que renforcer le nombre d’immigrés clandestins, l’accès aux papiers étant plus difficile, le contrôle aux frontières étant inefficace (poursuite des entrées pour regroupement familial).
    • Lors des expulsions forcées suite à des OQTF, des voyageurs prennent fait et cause pour les expulsés ; des blessés sont signalés parmi les forces de l’ordre.
    • Des incidents sont signalés dans les consulats et ambassades chargés désormais de recueillir les demandes d’asile.
    • Les CRA étant surpeuplés, des émeutes violentes se déroulent dans plusieurs d’entre eux.
    • Les manifestations de sans-papiers se multiplient.
    • Le gouvernement finit par proposer la création d’une police de l’immigration, plus précisément la constitution de brigades spécialisées dans la recherche et l’arrestation des clandestins.
  • 5 avril 2028. Annonce des mesures du plan de développement de l’IA : obligation pour les administrations et les entreprises de mettre en place des plans de généralisation de l’IA, obligation d’évaluer le nombre de postes supprimés, subventions à la mise en place de ces plans… La mise en œuvre de ce plan ne fait qu’aggraver la situation de l’emploi.
  • Avril 2028. Certaines mesures sur les libertés publiques provoquent des incidents :
    • Certaines délations, rendues possibles par le délit de harcèlement par voisinage, provoquent des incidents entre voisins ; les règlements de compte se multiplient.
    • Les « vigilants » mis en place dans certaines communes aboutissent à la mise en place de milices ; des ratonnades d’immigrés sont signalées.
  • 10 avril 2028. Le patronat, qui connaît des difficultés de recrutement, demande au gouvernement de relancer l’immigration, sous la forme de quotas dans certains métiers. Le gouvernement refuse.
  • 15 avril 2028. Manifestations des agriculteurs, particulièrement touchés par la crise (fin des subventions de la PAC, crise des exportations, renchérissement des implants et des engrais…).
  • 15 au 20 avril. On assiste à une multiplication des protestations contre la vie chère ; ici et là, des groupes de citoyens dévalisent des super et des hypermarchés.
  • 1er mai 2028. La manifestation des syndicats à Paris attire près d’un million de personnes (évaluation des syndicats) ; les chiffres de participation sont également très importants dans les régions. Parmi les slogans : « stop à la vie chère ! », « Bardella démission ! », « le fascisme ne passera pas ! ». Des affrontements violents se déroulent dans toutes les grandes villes.
  • 15 mai 2028. La multiplication des difficultés et des protestations provoque le départ de plusieurs ministres du gouvernement, notamment d’une partie des ministres issus de LR. LR met en garde le gouvernement contre le risque de chaos.
  • 1er juin 2028. Le Président de la République annonce un remaniement du gouvernement,
  • 10 juin 2028. Le secrétaire général de l’Elysée annone la composition du nouveau gouvernement. Entrent au gouvernement Eric Zemmour, Florian Philippot et Robert Ménard.
  • 10 juin 2028. Les commentateurs estiment que la seule nouveauté est le renforcement du courant identitaire au sein du gouvernement. De fait, les mouvements identitaires déclarent soutenir le gouvernement et se mettre en première ligne de sa défense.

SEPTEMBRE ET OCTOBRE 2028 – LE MOUVEMENT DES « GILETS NOIRS » MET EN DIFFICULTE LE GOUVERNEMENT

  • A partir du 13 septembre, les agriculteurs bloquent un certain nombre de ronds-points un peu partout en France, tandis que les routiers bloquent les autoroutes et les principales routes.
  • Les principaux syndicats enseignants appellent à ne pas appliquer la réforme des programmes et à utiliser les nouveaux manuels scolaires[3] (cf. épisode 5). Le ministère de l’Education annonce des sanctions.
  • Sur les réseaux sociaux, les appels à rejoindre les manifestations des agriculteurs et des routiers et à lancer un mouvement des « gilets noirs » se multiplient.
  • 2 octobre 2028. A Narbonne, une manifestation de viticulteurs dégénère : des coups de feu sont tirés, les gendarmes ripostent, 2 morts sont à déplorer. Les manifestations à Paris, Lyon, Bordeaux, Nantes et Rennes, à l’initiative des syndicats et des partis de gauche, donnent lieu à des affrontements violents avec la police. A Rennes, un policier est lynché par les manifestants ; à Bordeaux, des policiers encerclés ouvrent le feu et tuent 3 manifestants.
  • 10 octobre 2028. Une coordination des « gilets noirs » se met en place et appelle à un durcissement du mouvement. Les syndicats et partis politiques n’y sont pas représentés mais créent pour leur part un « Comité national d’action contre l’extrême droite ».
  • 12 octobre 2028. Suite à des sanctions administratives prises contre des enseignants refusant d’appliquer les nouveaux programmes et d’utiliser les nouveaux manuels scolaires, les principaux syndicats enseignants appellent à une grève générale à compter du 23 octobre.
  • 12 octobre 2028. Des coupures de route sont signalées en Nouvelle Calédonie, suite à l’annulation du référendum. Les mouvements indépendantistes exigent une indépendance immédiate.
  • 10 octobre 2028. Une allocution du Président de la République appelle à la mobilisation des « nationaux » et menace les manifestants – qualifiés « d’anti-France » – de l’instauration de l’état d’urgence.
  • Des appels à la grève générale sont lancés sur les réseaux sociaux. Les débrayages se multiplient, avec parfois la mise en place de comités de grève. Des appels au départ du gouvernement sont lancés par la coordination des « gilets noirs », mais aussi par les comités de grève et les collectifs anti extrême droite. La CGT met l’accent sur les revendications économiques, l’augmentation des salaires et la protestation contre la vie chère.
  • 23 octobre 2028. La grève des enseignants est massivement suivie. Des blocages de collèges et lycées se multiplient, aboutissant à la fermeture de nombreux établissements. Les étudiants rejoignent le mouvement, avec leurs propres revendications : maintien des libertés universitaires, baisse des frais d’inscription des étudiants étrangers…
  • 27 octobre 2028. Les grèves se généralisent. Les routiers multiplient les blocages de routes. Les écoles, collèges et lycées sont en majorité fermé, de même que la totalité des universités. Une pénurie de carburant touche près de 50% des stations-services.
  • Fin octobre 2028. Dans les Départements et Collectivités d’Outre-Mer, les grèves et manifestations se développent et mettent de plus en plus en avant les revendications indépendantistes. Les manifestations sont particulièrement violentes en Guadeloupe, en Martinique, en Nouvelle Calédonie et à Tahiti.

OCTOBRE 2028 – INSTAURATION DE L’ETAT D’URGENCE

  • Fin octobre 2028. La presse internationale décrit la situation en France comme une « révolution » contre le gouvernement et un échec de l’extrême droite. Des manifestations de soutien au mouvement se déroulent en Italie, en Espagne et en Allemagne.
  • 30 octobre 2028. Allocation de Bruno Retailleau, Premier ministre. Le gouvernement décrète l’état d’urgence, qui prévoit une censure de la presse, des internements administratifs et la possibilité de mobiliser l’armée pour restaurer l’ordre public. Il dissout des organisations d’extrême gauche comme les NPA. Le gouvernement appelle à la création de « Comités de Défense de la République » et appelle à une grande manifestation de « défense de la France » le 1er novembre.
  • 31 octobre 2028. Les réactions internationales font état d’inquiétudes quant à la situation en France et appellent à la mise en œuvre de mesures d’apaisement. L’Italie de Meloni prend ses distances. Les Etats-Unis, en pleine campagne électorale pour les présidentielles de novembre, ne se prononcent pas. La Russie soutient le gouvernement.
  • Les arrestations pour « trouble à l’ordre public » se généralisent. Certaines conduisent à des internements administratifs.
  • 1er novembre 2028. La manifestation de « défense de la France » rassemble 500 000 personnes sur les Champs Elysées à Paris. On entend des slogans tels que : « la France aux Français ! », « Fusillez les gauchistes ! ». En marge de la manifestation, des groupes antifascistes attaquent les manifestants ; les affrontements font une dizaine de victimes.
  • Une partie des groupes de « gilets noirs » entre dans la clandestinité, constitue des « groupes d’action » et appelle à une radicalisation du mouvement.
  • Les partis de gauche et les syndicats publient une « déclaration solennelle » qui estime que le gouvernement RN a – de fait – opéré un coup d’Etat : coup d’Etat constitutionnel avec la réforme de Conseil Constitutionnel et avec l’instauration de l’état d’urgence. Ils appellent à une « résistance pacifique » et à un retour à l’état de droit.
  • 9 novembre 2028. Immense manifestation lors des obsèques des manifestants tués le 1er novembre, réclamant la démission du gouvernement. Les manifestations se multiplient, autour du slogan « Nous sommes tous des antifascistes ! ».

NOVEMBRE 2028 – DISSOLUTION DE L’ASSEMBLEE NATIONALE

  • 13 novembre 2028. Le Président de la République annonce au cours d’une allocution la dissolution de l’Assemblée nationale, « afin de consulter le peuple français » et de « mettre fin au chaos ».
  • 15 novembre 2028. Après consultation des Présidents des 2 assemblées, un décret convoque les électeurs pour des élections législatives les 3 et 10 décembre.

La suite dans l’épisode 6 « Le gouvernement perd les élections ».


[1] « La dystopie est un genre littéraire ou artistique qui consiste à représenter une société fictive sombre et dangereuse. Le monde dystopique est donc un monde imaginaire, généralement sous le contrôle d’un pouvoir tyrannique et totalitaire, ou d’une idéologie néfaste » (source : Wikipedia).

[2] Nous continuons à raisonner en euros, pour la clarté du propos.

[3] Les nouveaux manuels scolaires d’histoire illustrent le nouveau « récit national » : éloge de la colonisation, réécriture de la guerre d’Algérie et de la collaboration…

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