Marine Le Pen a été condamnée le 7 juillet 2026 par la Cour d’Appel de Paris :
- à une amende de 100 000 euros,
- à une peine d’inéligibilité de 45 mois (30 avec sursis, 15 ayant déjà été purgés depuis le 31 mars 2025 grâce à l’exécution immédiate de sa peine décidée par le tribunal correctionnel),
- à trois ans d’emprisonnement, dont un an de « détention à domicile sous surveillance électronique ».
La Cour d’Appel confirme donc la culpabilité de Marine Le Pen des chefs de détournement et de complicité de détournement de fonds publics, dans l’affaire des assistants parlementaires du Parlement européen.
La cour d’Appel souligne que «La gravité objective des faits est avérée», soulignant leur durée, étalée sur onze ans et trois mandatures, le montant de la somme détournée (plus de 2,8 millions d’euros de préjudice) et «l’impulsion déterminante» de Marine Le Pen dans une «organisation» qui a «perduré pendant de nombreuses années et alors même que compte tenu des succès électoraux, les ressources du parti avaient vocation à croître et que le nombre de députés européens élus Front National avait significativement augmenté, entraînant la systématisation du recours à des collaborateurs à des fins partisanes».
Ce jugement n’empêche pas Marine Le Pen de se présenter, celle-ci ayant exécuté sa peine d’inégibilité, mais la condamne à porter un bracelet électronique pendant un an.
Marine Le Pen s’est livrée de nouveau à un tour de passe-passe. Se proclamant innocente et voulant absolument être candidate – sans doute parce que Bardella n’est pas à 100 % sur la même ligne, mais aussi parce qu’elle craint qu’il « explose en vol » pendant la campagne électorale -, elle annonce un recours auprès de la Cour de Cassation, sous le prétexte que le délit ne relèverait pas de la définition française d’un « détournement de fonds » et ne concernerait pas les députés européens (article 432-15 du Code pénal). Ce recours suspend sa peine – le port du bracelet électronique – jusqu’à la décision de la Cour de Cassation.
Deux scénarios sont alors possibles :
- La Cour de Cassation décide rapidement (disons en janvier ou février) : si elle confirme la condamnation Marine Le Pen devra finir sa campagne avec un bracelet électronique (si le juge de l’application des peines ne met pas 4 mois pour mettre en place le bracelet)… Or elle a déclaré à de multiples reprises qu’elle ne ferait pas campagne avec un tel bracelet.
- La Cour de Cassation prend son temps (le délai est habituellement de 18 mois). Sa décision interviendrait alors pendant le mandat de Marine Le Pen (si elle est élue présidente), elle bénéficiera alors de l’immunité présidentielle ; sa peine (port de bracelet électronique) devra être exécutée à la fin de son mandat. Cette peine est au demeurant aménageable et peut être raccourcie (jusque 6 mois).
Il s’agit donc d’un tour de passe-passe qui repose sur l’hypothèse que la Cour de Cassation prendra son temps… La décision est désormais entre les mains de la Cour de Cassation[1] : curieuse situation dans laquelle se met une candidate qui passe le clair de son temps à vilipender le « gouvernement des juges »…
Les protestations d’innocence sont particulièrement déplacées de la part d’une personne et d’un mouvement qui multiplient les enquêtes pour détournement de fonds ou financement illégal de campagne électorale (sans parler des condamnations pour provocation à la haine et à la discrimination raciale, propos racistes, propos révisionnistes…) :
- Enquête en cours sur le financement illégal des campagnes électorales 2022-2024 en France : prêts déguisés montant évalué : 2 M€.
- Enquête en cours pour détournement de fonds européens : usage indu du budget du groupe Identité et Démocratie auquel appartenait le RN de 2019 à 2024, montant estimé : 4 M€.
- Enquête en cours au Parlement européen pour favoritisme et surfacturation de prestations de sociétés liées au RN.
- Plainte d’Anticor visant Jordan Bardella pour de faux justificatifs de dépenses et de présence au Parlement européen.
On rappellera en outre que le RN s’est à de multiples reprises positionné pour l’exécution intégrale des peines et pour l’inégibilité à vie des élus condamnés, comme le démontrent les vidéos suivantes :
- https://www.publicsenat.fr/actualites/politique/video-quand-marine-le-pen-demandait-lineligibilite-a-vie-pour-les-elus-condamnes-pour-detournement-de-fonds-publics
- https://www.youtube.com/watch?v=OtBMWYnJBTk&t=3s

Marine Le Pen ne semble pas être gênée de présenter sa candidature à la Présidence de la République alors même que sa culpabilité est confirmée par la Cour d’Appel. Curieuse conception de la vie politique et de la fonction présidentielle…voire de la morale politique, surtout après avoir réclamé l’exemplarité des peines, leur exécution totale et l’inégibilité des élus condamnés.
Par Laurent Delmas
[1] Le 8 juillet, la Cour de Cassation annonce qu’elle pourrait au mieux se prononcer « au plus tard » en avril. Le pari de Marine Le Pen n’est pas gagné !








