A travers la canicule, ou les simples vagues de chaleur, la population fait l’expérience du réchauffement climatique, et, du même coup, malheureusement, celle de l’impréparation et de l’impuissance de la plus grande partie de la classe politique.
Le RN est un parti qui n’a eu de cesse de s’opposer aux mesures écologiques et à la science écologique. Dans le contexte de la canicule, il tente de faire oublier cette dénégation et cette impréparation en prétextant un pseudo « plan climatisation » inexistant.
1/ LE RN : UN PARTI ANTI – ECOLOGIQUE
Dans la continuité du RN
Les dirigeants du RN, Le Pen, Bardella, Jacobelli savent très bien qu’ils sont dans de sales draps sur cette question du réchauffement climatique. Il n’y a pas eu de « dé-diabolisation » entre le Front National de Jean Marie Le Pen et le Rassemblement National de Marine Le Pen sur la question écologique. Il n’y a pas non plus de pseudo « opposition » entre Marine Le Pen et Jordan Bardella sur ce point. Dans le domaine écologique, le RN, comme le FN avant lui, est aux abonnés absents. Et pour une bonne raison : ils se sont toujours placés du côté des climato-sceptiques.
Une dénégation intellectuelle de l’écologie
Pendant longtemps le FN et le RN ont adopté la position connue comme celle de Claude Allègre : reconnaitre du bout des lèvres le réchauffement climatique, mais discuter la part de responsabilité du mode de vie et de l’activité humaine. Il y a trois ans, Marine Le Pen considérait encore que le GIEC était un organisme « trop alarmiste ».
Il faut préciser les choses : le problème n’est pas que le FN-RN se soit opposé de longue date aux écologistes et à leurs partis ; le contraire aurait été surprenant. Le FN-RN s’est opposé depuis toujours à l’écologie elle-même, c’est-à-dire à l’approche scientifique de l’écologie. Il s’est sciemment opposé au GIEC ; il s’est rangé parmi ceux qui tentaient de discréditer l’organisme d’expertise scientifique. En général, son attitude est équivoque à l’égard de la science. Et cette tendance est majeure dans l’extrême droite internationale avec des conséquences catastrophiques comme aux USA où les mesures anti-écologiques du gouvernement Trump ont détruit la réglementation nationale sur les émissions de gaz à effet de serre.
Une opposition politique à l’écologie
Dans son éditorial du 24 juin sur France Info, Renaud Dely fait la liste des positions anti-écologiques du RN : moratoire sur les énergies renouvelables, démantèlement des éoliennes, baisse massive des taxes sur les carburants, opposition aux ZFE (zones à faibles émissions), au « zéro artificialisation nette » des sols, à l’interdiction des véhicules thermiques à l’horizon 2035. Aucune mesure permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de ralentir le réchauffement climatique ne trouve grâce à leurs yeux.
Mais l’expérience de masse de la canicule introduit une nouvelle donne. La dénégation de la science, en particulier, se heurte au vécu de la population. Les électeurs du RN ne souffrent pas moins des fortes chaleurs que tous les autres. Alors, aujourd’hui, c’est la panique à bord du RN ; il faudrait verdir le programme mais rien n’est prêt. Dans une situation normale, où les partis politiques feraient leur travail, ou un peu de leur travail, les épisodes de canicule devraient être portés au discrédit du RN. Malheureusement on en est loin. Marine Le Pen a cependant senti le risque et dégainé son plan de climatisation.
2/ LE PLAN DE CLIMATISATION DU RN : UNE NOUVELLE ESBROUFE
L’idée était de tenter de faire croire que le RN disposait, dans ses programmes, d’un tel plan climatisation et donc qu’il avait su, à la différence du gouvernement et des autres forces politiques, tirer la leçon des canicules antérieures et anticiper, en bon parti de gouvernement qu’il prétend être. Malheureusement, comme le démontre Nicolas Massol, dans un article de Libération, judicieusement titré « Au RN, un plan clim qui ne manque pas d’air », le grand plan de climatisation est surtout une nouvelle esbroufe.
Un plan de financement sans financement
Le coût et le financement ? Personne ne sait au RN. Laure Lavalette, qui sait tout d’habitude, ne sait pas. Ni Jean-Philippe Tanguy, habituellement plus bavard, ni de Rancourt, ni aucun de ceux que Nicolas Massol a tenté de joindre. Marion Le Pen ne sait pas non plus mais cela ne l’arrête pas de donner un chiffre : 3 milliards, gagés par la suppression de l’Ademe (Agence de la transition écologique). Mais le journaliste regarde et découvre que la suppression de l’Ademe ne dégagerait que 630 millions, déjà réaffectés dans le programme du RN ! Finalement le financement du plan climatiseurs du RN s’étagera entre 20 et 200 Milliards d’Euros !
Un plan de climatisation sans climatiseurs
Le plan lui-même, que Marine Le Pen avait annoncé en juin 2025 et qui avait été présenté en octobre par trois députés RN sous l’appellation « dispositif 100% renov » ne porte pas sur les climatiseurs. Il s’agit en fait des vues du RN pour faire des économies par rapport au dispositif de l’actuelle MaPrimeRenov. Nicolas Massol montre comment les dirigeants du RN ne sont aucunement d’accord sur l’articulation de ce plan avec le financement des climatiseurs, qui en réalité n’avait pas été prévu. Et surtout le plan ne concerne en aucun cas les bâtiments de l’Etat, donc pas de climatiseurs dans les écoles. Pour finir, le plan climatiseurs de Marine Le Pen est évalué à 50 milliards par Jean François Copé !
Le RN et la climatisation : le parti-pris de l’improvisation
Tout cela n’arrête pas les dirigeants du RN qui se précipitent sur les micros pour se présenter comme de grands partisans de la climatisation et des climatiseurs. Ils sont d’ailleurs soutenus sur ce point par Mélenchon qui claironne une absurde opposition totale aux climatiseurs.
Mais si la « clim » est une technique efficace pour contrarier l’effet des températures caniculaires, elle ne constitue en aucune façon une solution au réchauffement climatique, elle ne diminue même pas la température excessive. Dans le jargon de la politique écologique, on distingue les mesures d’adaptation et celles d’atténuation. Les premières ne changent rien à une situation donnée ; elles la rendent supportables. C’est le cas des climatiseurs. Les autres modifient la situation comme la végétalisation dans les villes. Le débat politique sur ces questions est légitime et utile. Mais il semble bien que la réduction de la politique écologique aux seules mesures nécessaires d’adaptation soit une impasse.
Quoi qu’il en soit, le RN est totalement impréparé pour gouverner sur ces questions. Il prend le parti de l’improvisation. Il redevient ce parti d’amateurs qu’il a toujours été, qui veut le pouvoir sans la responsabilité du pouvoir.
Finalement, c’est Laurent Jacobelli qui résume le mieux la situation. Il a bien compris l’état d’impréparation abyssale du RN et se garde d’être précis. Lorsqu’ Alix Bouilhaguet lui demande, sur France Info, quelles sont les vraies mesures écologiques du RN, il répond :
« Je vous le dis : produire une énergie peu chère, fiable et respectueuse de l’environnement. Cette énergie, c’est le nucléaire…Une autre priorité, c’est d’installer la climatisation dans les écoles et les hôpitaux afin de protéger des vies. »
Grace à Laurent Jacobelli et à la « politique du bon sens », voilà la politique et l’écologie mises à la portée des enfants : le nucléaire plus les climatiseurs. Le RN est prêt à gouverner.
SOURCES
Stéphane Foucart, Le Monde, 13 février 2026, « Donald Trump démolit la réglementation fédérale sur les émissions de gaz à effet de serre aux Etats-Unis »
Emilie Aubry prés. « Trump et le climat : le grand aveuglement », 22 janvier 2025 https://www.arte.tv/fr/videos/120904-002-A/le-dessous-des-cartes-l-essentiel/
Renaud Dely, France info, Editorial politique, 24 juin2026 « Derrière son grand plan climatisation, le Rassemblement national sèche toujours sur le réchauffement climatique » https://www.franceinfo.fr/replay-radio/l-edito-politique/edito-derriere-son-grand-plan-climatisation-le-rassemblement-national-seche-toujours-sur-le-rechauffement-climatique_8052968.html
Nicolas Massol, « Au RN, un « plan clim » qui ne manque pas d’air », Libération, 24 juin 2026
Laurent Jacobelli, interviewé par Alix Bouilhaguet, France Info, 22 juin 2026 https://www.franceinfo.fr/replay-magazine/franceinfo/l-invite-politique/on-ne-peut-pas-dire-qu-il-y-a-aujourd-hui-un-dereglement-climatique-et-ne-pas-mettre-en-place-des-plans-d-adaptation-car-sinon-ce-sera-une-france-a-l-arret-estime-laurent-jacobelli-porte-parole-du-rn-et-depute-de-moselle_8040380.html
Par Francis Linart








