Marine Le Pen réaffirme la position « historique » du RN sur les retraites
Lors du débat organisé par le Medef le 27 août, Marine Le Pen a revendiqué la position « historique » du RN sur les retraites : un âge de départ minimum à 62 ans de façon générale, 60 ans pour les personnes ayant occupé « un premier emploi significatif » à 20 ans ou moins. La durée de cotisation exigée pour obtenir une retraite à taux plein serait de 40 ans pour ces derniers, et s’allongerait progressivement jusqu’à 42 ans (on fera remarquer au passage que l’on ne voit comment une telle durée de cotisation permettrait un départ « général » à 62 ans…). Par ailleurs Marine Le Pen a rappelé sa volonté d’augmenter les salaires et sa proposition d’exonérer les entreprises de cotisations patronales sur les hausses de salaire de 10 %, pour tous les salariés touchant jusqu’à 3 fois le SMIC[1].
Marine Le Pen a tenté de justifier sa position en déclarant que sa position sur les retraites était « un choix de société » et que le RN proposait diverses mesures incitant les jeunes à travailler plus tôt. Elle a précisé : « La réforme des retraites que je propose part d’un principe qui n’est pas comptable : elle part d’une évidence, c’est que le taux d’emploi en France est trop bas (…). La facilité, c’est de dire qu’il faut faire travailler les gens très longtemps, sans reconnaître qu’il est difficile de les faire travailler au-delà d’un certain âge (…). La réforme des retraites que je propose est une incitation [à travailler tôt] ». Comprenne qui pourra : non seulement la durée de cotisation sera de 40 ans pour les moins de 20 ans, mais ceux-ci seront de plus en plus nombreux ; à quand la retraite à 58 ou 59 ans ?
Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces propositions sont très différentes de celles avancées par Jordan Bardella depuis plusieurs mois : abandon de la mesure d’âge de départ à la retraite et allongement de la durée de cotisation ; une telle position était compatible avec les propositions du Medef. En avril 2026, le même Jordan Bardella ne voyait pas de « priorité » dans le fait « d’inventer des taxes et des impôts » dans « un pays qui a 46 % de prélèvements obligatoires ». Une autre divergence apparue entre Marine Le Pen et Jordan Bardella concerne « l’union des droites », Marine Le Pen étant partisane d’une ligne « ni droite, ni gauche ».
Quelques jours plus tard, Marine Le Pen déclarait que le meeting du RN le 1er-Mai à Mâcon devait permettre de revenir sur les « sottises [proférées] sur les plateaux et dans les journaux » concernant la « philosophie économique » du RN. Suivez mon regard…
Le départ de François Durvye
Un autre événement notable s’est déroulé le jour même du débat organisé par le Medef. Dans Le Figaro, François Durvye, ancien gestionnaire de fortune de Pierre-Edouard Stérin, conseiller spécial de Jordan Bardella depuis avril, se dit en désaccord avec la ligne économique de la candidate d’extrême droite à la présidentielle et annonce qu’il ne participera pas à sa campagne. Or François Durvye est considéré comme le tenant d’un ligne « libérale » au sein du RN et comme le missi dominici du parti d’extrême droite auprès des grands patrons. Ce départ, « je l’ai souhaité, donc je ne le déplore pas », a déclaré Marine Le Pen sur BFM-TV à la sortie du débat [2].
De toute évidence, Marine Le Pen a repris les rênes et imposé sa ligne. Après avoir confirmé sa candidature aux élections présidentielles malgré sa condamnation en appel, la patronne, à peine revenue de vacances, impose sa ligne. Nous pensons que le désaccord avec Jordan Bardella est d’ordre stratégique ; c’est évident pour ce qui concerne « l’union des droites », mais la divergence sur le projet économique est également majeure.
Il est aujourd’hui assez probable que Jordan Bardella ne sera pas le Premier ministre de Marine Le Pen. On peut même se demander si le tandem Marine Le Pen – Jordan Bardella résistera à la campagne électorale qui commence.
[1] En réalité Marine Le Pen, qui une fois de plus s’emmêle les pinceaux dans son propre programme, a annoncé lors du débat une exonération sur l’ensemble de salaires, et pas seulement sur leur augmentation.
[2] Le Monde, Au RN, le divorce entre Marine Le Pen et François Durvye, sa caution libérale auprès du patronat, Le Monde, 28 août 2026.








