Le 23 juin 2026, tandis que la France rendait hommage à Marc Bloch, historien cocréateur de l’école des Annales, résistant torturé et fusillé par les nazis à 57 ans le 16 juin 1944, le RN lançait une offensive de révisionnisme historique d’une rare grossièreté. La famille avait posé une condition écrite dans une lettre au président de la République : que l’extrême droite soit exclue « dans toutes ses formes » de la cérémonie. Le RN n’est pas venu, Sarah Knafo non plus.
Mais avant la cérémonie, Bardella publiait un message saluant Marc Bloch comme « un homme qui a incarné jusqu’au sacrifice la figure du citoyen-soldat. » Dans la foulée, Jean-Philippe Tanguy, réagissant aux propos de Suzette Bloch sur France Inter, qui avait déclaré que « le RN est l’héritier des Waffen-SS qui ont assassiné mon grand-père », a déclaré que Marc Bloch avait été arrêté par « un groupuscule lyonnais de la Gestapo dirigé par l’ordure Francis André », qui « était membre du Parti communiste français pendant l’entre-deux-guerres, soutien de Doriot. » D’autres élus lui ont emboîté le pas, à l’image du député Nicolas Daragon, qui a tout simplement accusé la petite-fille de Marc Bloch de colporter des « fake news ».
Francis André, dit « Gueule tordue », a effectivement milité au PCF dans les années 1930. Mais il a rejoint en 1937 le Parti populaire français (PPF) de Doriot, parti fasciste fondé en juin 1936 après l’exclusion de Doriot du PCF en 1934. André a adhéré sans réserve aux convictions antisémites et antibolchéviques du PPF. Il s’est engagé dans la Légion des volontaires français (LVF), combattant en uniforme allemand sur le front de l’Est. De retour à Lyon en 1942, il a constitué le Mouvement national antiterroriste, qui a été intégré au printemps 1944 à la Gestapo de Klaus Barbie, celle-là même qui a arrêté Marc Bloch. A la Libération, au cours de son procès, i a reconnu 120 assassinats ; il a été condamné à mort et fusillé le 9 mars 1946.
On rappellera que ce sont ces mêmes doriotistes que l’on retrouve parmi les fondateurs du Front national en octobre 1972 :
- Pierre Bousquet, ancien Waffen-SS, caporal de la division Charlemagne, dépose avec Jean-Marie Le Pen les statuts officiels du FN en préfecture le 27 octobre 1972 et en devient le premier trésorier.
- Victor Barthélémy, secrétaire administratif du FN à sa fondation, est un ancien responsable national du PPF, engagé dans la Légion des volontaires français, réfugié à Sigmaringen après le Débarquement.
- André Dufraisse, dit « tonton Panzer », ancien du PPF et de la LVF, en uniforme allemand sur le front de l’Est, membre du bureau politique du FN.
- François Brigneau, vice-président du FN à sa fondation, ancien milicien pétainiste et membre du PPF.
- Léon Gaultier, présent à la fondation, cofondateur de la Milice, lieutenant d’une unité Waffen-SS en Galicie, condamné à dix ans de travaux forcés à la Libération.
Le RN est coutumier de tels travestissements de l’histoire. C’est ainsi que l’on voit se multiplier sur les réseaux sociaux des « analyses » selon lesquelles Pétain était entouré d’hommes de gauche. Comme l’écrit Laurent Joly, « Le mythe d’une collaboration majoritairement marquée à gauche est ressassé par l’extrême droite depuis la fondation du Front national, dans le même mouvement que le développement d’une mythologie falsificatrice selon laquelle de nombreux résistants auraient contribué à la fondation du parti lepéniste. En 1983, le Club de l’Horloge, laboratoire idéologique de l’extrême droite, organise ainsi un colloque intitulé ‘’Socialisme et fascisme, une même famille ?’’, au cours duquel est affirmé, par exemple, que ‘’le socialisme est intellectuellement à la source du fascisme’’ ».
Ces manipulations historiques ne nous feront oublier ni les origines, ni le contenu du projet du RN.
Sources :
Par Laurent Delmas








