Le RN et le renversement des alliances : un « parti de l’étranger » ?

Tous les ingrédients sont en place pour un renversement des alliances, pour une rupture avec la position de la France, en tout cas depuis le général de Gaulle[1] :

  • Sur le plan du fonctionnement des institutions, le RN au pouvoir modifie la Constitution pour affirmer la supériorité de la loi nationale sur le droit international. Les citoyens ne peuvent plus invoquer les traités et accords internationaux devant les tribunaux.
  • De facto, un certain nombre d’engagements internationaux de la France sont remis en cause, que ce soit par la France ou par le partenaires, considérant que la France ne respecte pas ses engagements :
    • La convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, y compris ses protocoles additionnels ;
    • La convention relative au statut des réfugiés et le protocole relatif au statut des réfugiés ;
    • Le pacte international relatif aux droits civils et politiques ;
    • Le pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ;
    • La convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
    • La charte sociale européenne ;
    • La convention internationale relative aux droits de l’enfant ».
    • Tout accord bilatéral conclu entre la France et un État étranger, ou tout accord multilatéral ratifié par la France portant sur l’entrée, le séjour, ou l’éloignement des étrangers » [2].
  • En ce qui concerne l’UE, un bras de fer est engagé par le gouvernement français, qui tente de négocier la baisse de la contribution française à l’UE, une sortie du marché de l’électricité, une renégociation de la PAC, une réforme de la Cour européenne des droits de l’homme et de la Cour de justice européenne. L’UE refuse et le gouvernement français la menace d’un référendum. Un des scénarios envisagés est la sortie de l’UE.
  • Il est mis fin à l’aide apportée par la France à l’Ukraine.
  • Le gouvernement français sort du commandement unifié de l’OTAN.
  • Le gouvernement français revient sur la reconnaissance de l’Etat palestinien et expulse l’ambassade de Palestine à Paris.
  • Le gouvernement RN engage des négociations pour la création d‘une Alliance européenne des nations avec la Russie, l’Italie, la Slovaquie, seuls pays ayant accepté de s’engager dans ce processus.
  • Le gouvernement français propose au gouvernement Trump la négociation d’un accord de libre-échange permettant une baisse des droits de douane contre un rapprochement sur un certain nombre de questions internationales (réforme de l’OTAN…).
  • Le gouvernement français dénonce les accords franco-algériens de 1968, mais aussi l’ensemble des accords bilatéraux sur l’immigration.
  • Le gouvernement français subordonne l’aide au développement à la signature d’accords sur l’immigration et l’accueil des expulsés.
  • Le gouvernement français invite Donald Trump en visite officielle à Paris.
  • Le RN organise à Paris une grande conférence sur la défense des identités et des libertés, en présence de Javier Milei, président de l’Argentine, de José Antonio Kast, président du Chili, de Giorgia Meloni, Présidente du Conseil italienne, de J.D. Vance, vice-Président des Etats-Unis et d’organisations d’extrême droite.

On peut avoir des doutes sur la mise en œuvre effective d’un tel programme par le RN au pouvoir, tant ses positions ont varié et varient, et tant les obstacles sont importants. Il n’en reste pas moins qu’un tel programme aboutit à un véritable renversement des alliances : un rapprochement avec la Russie et les Etats-Unis, une remise en cause des traités européens et d’un certain nombre d’engagements internationaux, un rapprochement avec Israël, la mise en place d’une amicale des régimes d’extrême droite…

La France abandonne sa position relativement indépendants sur le plan international, rompt de fait la solidarité européenne, se trouve dans l’orbite des Etats-Unis et de la Russie et coordonne sa politique avec les gouvernements « illibéraux » du monde. De ce point de vue, le RN au pouvoir se sera comporté comme un « parti de l’étranger »[3].

Un autre élément est ressorti de nos analyses : la caractère de plus en plus international de l’extrême droite, comme en témoignent les multiples réunions et conférences. On constate la constitution progressive d’une véritable internationale de l’extrême droite, même si celle-ci est traversée de courants différents. Ce phénomène est récent ; à la manœuvre, on trouve les cercles et organismes mis en place par Trump et ses soutiens, mais aussi par Orban et, à un moindre degré Poutine. On n’en trouve pas l’équivalent, au niveau international, ni entre les partis communistes (depuis la dissolution du Kominform), ni entre les partis sociaux-démocrates, malgré l’existence assez virtuelle, d’une Internationale socialiste, minée par les désaccords internes.


[1] Toutes les mesures énumérées ci-dessous figurent dans les programmes ou projets du RN depuis 2022.

[2] Ces accords et traités sont cités dans la proposition de loi constitutionnelle du RN sur l’immigration. Voir notre article ici.

[3] Ce qui est une constante de l’extrême droite, depuis les exilés de la Révolution française participant à la guerre contre la France, en passant par la collaboration pendant la 2ème guerre mondiale… Voir à ce sujet « Nouvelle histoire de l’extrême droite. France, 1780-2025 », sous la direction de Baptiste Roger-Lacan, Seuil, L’univers historique, 2025.

Le présent article fait partie d’un dossier qui comprend 8 articles :

  • Le RN et les Etats-Unis de Trump (1/8).
  • L’extrême droite américaine et le RN (2/8).
  • Le RN et la Russie de Poutine (3/8).
  • Le RN et l’Union Européenne (4/8).
  • Le RN et la Hongrie d’Orban (5/8)
  • Meloni, une alliée encombrante ? (6/8).
  • La supériorité du droit national sur le droit international (7/8).
  • En concluant sur le renversement des alliances (8/8).

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