Le 4 septembre Jordan Bardella s’est rendu au congrès de UK Reform, invité par Nigel Farage, député britannique et leader de UK Reform. Dans un discours prononcé en anglais devant les congressistes, Jordan Bardella a félicité Nigel Farage pour ses prises de position (« et cent fois, les événements lui ont donné raison », ce qui ressemble fort à une félicitation pour le Brexit) et assuré que la France deviendrait le pays le moins attractif pour les immigrés. Il a en outre insisté lourdement sur le changement civilisationnel et culturel qu’implique le développement de l’immigration, ce qui ressemble beaucoup à la perspective d’un « grand remplacement » qui ne dit pas son nom[1].

On peut voir dans ces embrassades une simple rencontre entre formations d’extrême droite. On peut y voir aussi un pied de nez de Jordan Bardella à Marine Le Pen. De notoriété publique, Marine Le Pen et Nigel Farage « ne s’entendent pas ». Ce dernier a d’abord soutenu le RN et Marine Le Pen : il estime en 2017 que Le Pen « ferait une bonne dirigeante pour la France ». Mais il change ensuite d’avis : lors des législatives françaises de 2024, il déclare que le programme économique du RN sera « un désastre » pour la France. La visite de Bardella serait alors un nouvel épisode du divorce entre Marine Le Pen et son « futur Premier ministre »[2].
On peut encore y voir une alliance des corrompus : il n’est point besoin de rappeler les condamnations de Marine Le Pen pour détournement de fonds publics (condamnation confirmée le 7 juillet par la Cour d’Appel de Paris) et les casseroles de Jordan Bardella au parlement Européen. Moins connue (en France) est la situation de Nigel Farage. Dans un documentaire diffusé sur X jeudi 3 septembre, le groupe de journalistes Verbatim a révélé les dessous des pratiques illégales utilisées par la campagne de Nigel Farage pour recueillir des financements provenant de donateurs et d’entreprises étrangères.
Cette visite a été également l’occasion de la signature entre le RN et UK Reform d’un protocole d’accord. Selon celui-ci, les demandeurs d’asile arrivant au Royaume-Uni après avoir traversé la Manche seraient placés en détention puis renvoyés en France, dont le gouvernement se chargerait de les reconduire dans leur pays d’origine. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette disposition a de quoi surprendre.
Autrement dit – si par malheur le RN en France et Reforme UK en Grande Bretagne arrivaient au pouvoir -la France ferait le sale boulot pour la Grande-Bretagne. Cela ne ferait qu’accroître le nombre d’immigrés clandestins en France ; en outre, quand on prend en compte les difficultés à mettre en œuvre les OQTF – difficultés auxquelles le RN au pouvoir n’échapperait pas -, on peut prévoir qu’une bonne partie de ces clandestins resteraient en France. Curieuse mesure, de la part d’un parti que ne cesse de s’offusquer de la présence de ces immigrés clandestins et qui affirme sa volonté d’y mettre fin (cf. le discours de Bardella au congrès de UK Reform, qui affirme que la France deviendra le pays le moins attractif d’Europe pour les clandestins).

Laurent Jacobelli, le 5 septembre, interrogé par France Info, nous rassure : le protocole contient une clause financière, que les journalistes, « de mauvaise foi », n’ont pas vue : la Grande-Bretagne rémunérerait la France pour ses bons (ses mauvais) offices. Nous voilà rassurés, il s’agit d’une prestation de services !
Pour nous, cela démontre une fois de plus que le RN, comme ses prédécesseurs d’extrême droite (Pétain, l’OAS…), est prêt à vendre à la première occasion la France à l’étranger. Comme il souhaite reprendre les importations de gaz russe, stopper l’aide à l’Ukraine[3], passer des accords commerciaux avec la Russie, en même temps qu’il considère qu’il faut avoir de bonnes relations avec les Etats-Unis de Trump. Le RN nous prépare aussi à un nouvel emprunt de la part d’une banque étrangère (déclaration de Jordan Bardella le 29 août) : encore une nouvelle ressemblance entre le RN et Reform UK…
Curieuse conception de l’indépendance et du patriotisme !
[1] Voir le discours sur https://www.facebook.com/reel/2873324203036908
[2] Le même jour, on apprenait que Jordan Bardella aurait quitté une réunion de directions du RN car Marine Le Pen entendait donner davantage de visibilité à Marion Maréchal.
[3] Le 3 septembre, Louis Aliot, vice-président du RN, maire de Perpignan, a confirmé que si Marine Le Pen gagnait l’Elysée, la France ne livrerait plus d’armes ou d’argent à l’Ukraine. «On coupe le robinet ». La justification est la suivante : la France n’a plus d’argent. « Le système de santé, le système éducatif, l’ensemble de l’économie, tout le monde est à l’os, et on trouve de l’argent pour encore financer des armes pour défendre l’Ukraine ». Raisonnement confimé par laurent Jacobelli, porte-parole du RN, le 5 septembre, sur France Info.








