Un règlement de compte au sein du RN et de l’extrême droite ?
Ce 28 septembre, Médiapart révèle des propos et messages antisémites de Bardella quand il était jeune militant du RN, dans la Fédération de Seine-Saint-Denis, en 2013-2015 . Par exemple : «Le juif doit dominer les autres peuples, les écraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur. En France, deux beaux exemples sont BHL [Bernard-Henri Lévy] ou [Jacques] Attali. Et c’est ce qu’ils veulent, un nouvel ordre mondial dominé par Israël, avec bien sûr Jérusalem comme capitale ». Le site mentionne également les liens étroits entre Alain Soral, notoirement antisémite, et Bardella, jusqu’à présenter ce dernier comme « soralien ».
Dans la foulée, Bardella nie la réalité de ses propos, crie au complot, mais insiste aussi lourdement sur le fait que c’est lui qui est ciblé, mentionnant à peine le RN et la campagne présidentielle ; à la question qui lui est posée avec insistance sur l’origine des informations de Médiapart, il élude, mais ne dément pas l’hypothèse d’un règlement de comptes interne au RN ou provenant de ses anciens amis de l’ultra-droite[1].
Jean-Philippe Tanguy n’hésite pas à déclarer, dans un français approximatif, que « toutes les personnes qui avaient été soupçonnées de cela, et si cela avait été avéré, sont évidemment exclues de notre force politique »[2], ce qui ne fait qu’accréditer l’hypothèse d’un règlement de compte au sein du RN. Dans une autre interview, il met en cause la « racaille raciste » purgée par le RN.
Marine Le Pen pour sa part n’hésite pas à menacer violemment Médiapart : « C’est à Mediapart qu’il va falloir dire d’enfiler son costard en kevlar », déclare-t-elle le 29 septembre: or le kevlar sert à fabriquer des gilets pare-balle…
Nous ne nous prononcerons pas sur la question de l’origine des fuites : interne au RN ou venant des anciens amis de Bardella, nous ne le savons pas. On peut tout aussi bien penser qu’il s’agit d’une enquête de Médiapart, qui a « bénéficié » des rivalités internes au RN et de la malveillance des anciens de la Fédération de Seine-Saint-Denis, qui considèrent Bardella comme un traitre ; la quasi-totalité des témoignages et des informations révélées par Médiapart proviennent des amis de Bardella de l’époque.
Une découverte ?
Certains commentateurs semblent découvrir l’antisémitisme de Bardella et ses accointances avec l’ultra-droite et Alain Soral. Est-ce vraiment une surprise, une découverte ? Nous rappelons :
- que Bardella a nié l’antisémitisme de Jean-Marie Le Pen,
- que, quand il est arrivé dans les instances dirigeantes du RN, il avait l’image d’un défenseur d’une ligne plus « identitaire » que celle de Marine Le Pen,
- que Bardella fut, au printemps 2015, l’assistant parlementaire de l’eurodéputé Jean-François Jalkh, qui commémorait en 1991 le quarantième anniversaire de la mort de Pétain et vantait les écrits du négationniste Robert Faurisson,
- que diverses enquêtes et publications ont déjà révélé les positions antisémites de Bardella :
- l’émission « Complément d’Enquête » de 2014 a mentionné l’existence d’un compte secret sur Twitter, notoirement antisémite, « RepNat du Gaito », animé par Bardella et qui était – semble-t-il – encore actif en 2024,
- qu’un autre « Complément d’Enquête » de 2024 avait mis au jour les propos antisémites de Bardella dans les années 2013-2015[3],
- que l’ouvrage « Le grand remplaçant, la face cachée de Jordan Bardella », de Pierre-Stéphane Fort, signalait également les nombreux propos antisémites de Bardella[4].
- que son directeur de cabinet, François Paradol, a adhéré à Égalité et Réconciliation, le groupuscule d’Alain Soral,
- que Bardella est ami avec Frédéric Chatillon, ancien leader du GUD, ami de Marine Le Pen et prestataire indéboulonnable du parti.
Les révélations de Médiapart ne sont donc pas une découverte (ce qui n’enlève rien à la pertinence et à la qualité des dites révélations). On ne peut pas non plus affirmer que les propos de Bardella en 2013-2015 étaient des erreurs de jeunesse et que celui-ci a rompu tous les liens qui le rattachaient aux cercles antisémites de l’extrême droite.
La dédiabolisation : un écran de fumée
La dédiabolisation apparaît pour ce qu’elle est : un masque destiné à dissimuler les positions d’extrême droite du RN[5]. Si la dédiabolisation est dans l’ADN du Front national dès sa création, la question de l’antisémitisme est au cœur de la stratégie de dédiabolisation poursuivie par Marine Le Pen. Louis Aliot ne dit pas autre chose : «Il faut être clair sur la dédiabolisation : celle-ci ne concerne que notre présomption d’antisémitisme, rien d’autre. Pas l’immigration, ni l’islam, sur lesquels, à la limite, il n’est pas mauvais d’être diabolisés »[6].
Si les faits révélés par Médiapart sont établis, et cela ne fait aucun doute, c’est un coup de canon qui pulvérise 15 ans de ripolinage de la vitrine FN/RN, en pleine opération de dédiabolisation. Jordan Bardella s’est présenté en chasseur de brebis galeuses, a multiplié les déclarations contre l’antisémitisme, s’est fait inviter en Israël par un ministre d’extrême droite pour participer à une conférence sur l’antisémitisme… Il incarnait en quelque sorte la dédiabolisation parfaite, il devient maintenant « le plus encombrant des boulets »[7].
Une chose est certaine : Jordan Bardella ne sera pas Premier ministre de Marine Le Pen.
[1] Interview par Pascal Praud sur CNews le 28 septembre.
[2] LCI, 29 septembre 2026.
[3] Disponible sur https://www.facebook.com/reel/976809988012379
[4] Editions Studiofact.
[5] Voir notre article sur le site : https://faire-face.com/2026/05/10/petite-histoire-de-la-de-diabolisation-du-rn/
[6] Dominique Albertini et David Doucet, Histoire du Front national, Tallandier, 2013.
[7] Terme emprunté à l’Encre Libre.








