Les attentats de Trappes et La Verrière ont été l’occasion d’une confusion pénible, étouffante, au niveau du pouvoir politique, et dans la plupart des médias et des partis.
Deux jours plus tard, l’opinion publique parvient à manifester et à faire s’exprimer un peu de sentiments de justice et de fraternité sur ce fond d’événements dramatiques.
Des rassemblements ont eu lieu hier ; d’autres se déroulent aujourd’hui, dans toute la France.
Ici nous rappelons d’abord les principaux faits. Puis nous essayons de rendre compte de la réception de ces faits à partir de trois exemples : la réaction de Macron, celle du maire de Trappes, et celle de l’avocat de la famille de Pengo Bossio Wangi.
Les principaux faits
Le 23 octobre 2026, Kevin T, un homme de 39 ans habitant Plaisir, dans les Yvelines, circule en voiture dans la ville proche de Trappes. Il ouvre le feu en rafales sur des passants avec un pistolet mitrailleur Sten, datant de la Seconde Guerre. Il vise d’abord un véhicule où se trouvent une mère et sa fille, puis la façade d’une maison de santé, sans faire de victime. Près d’un square pour enfants, il tire sur un homme noir de 26 ans, et le tue. La victime sera identifiée comme étant Pengo Bossio Wangi, un amateur de MMA de nationalité française, âgé de 26 ans. Kevin T se dirige alors vers une station-service, où il atteint et blesse un homme de 21 ans et une femme de 40 ans, le premier gravement.
Il longe, semble-t-il, les mosquées de Trappes et La Verrière. Dans cette dernière ville, il blesse trois personnes, dont une enfant de 12 ans touchée à huit reprises. Selon la mère de l’enfant, elle revenait de la piscine et portait un foulard sur la tête, ce qui pourrait expliquer pourquoi le criminel l’a pris pour cible.
Le suspect est identifié et interpellé rapidement à Coignières, ville voisine. Il est placé en garde à vue. La police découvre qu’il a piégé son appartement.
Le parquet national anti-terroriste se saisit et ouvre une enquête « de flagrance ». Il est intéressant de citer les principaux chefs d’accusation, certes rédigés en langage judiciaire, mais combien plus précis que les commentaires politiques qui vont suivre.
Les principaux chefs relevés sont : l’assassinat, ou la tentative d’assassinat « en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance que les faits sont commis à raison de l’appartenance vraie ou supposée à une prétendue race, une ethnie, une nation, ou une religion déterminée » (Communiqué du PNAT du 23 octobre).
Kevin T. est déjà connu de la police pour des faits de délinquance : son casier judiciaire comporte treize mentions pour des délits de droit commun, déjà anciens (vol, conduite en état d’ivresse, stupéfiants).
Lors de la perquisition, la police découvre chez lui des tracts du RN, un exemplaire de Mein Kampf, un exemplaire du Coran et un de la Bible. Une de ses amies le décrit comme un homme ne cachant « pas ses opinions politiques », votant à « l’extrême droite » et tenant « des propos racistes ».
Il déclare aux policiers avoir voulu « venger les commerçants » dont les boutiques ont été pillées ou dégradées le 17 octobre en s’en prenant aux « Noirs » et aux « Arabes ». Il aurait déclaré « Je n’en peux plus d’eux ».
Dans un communiqué publié le matin du 25 octobre par le PNAT, « l’analyse toxicologique » révèle « la présence de cannabis et de cocaïne dans son sang ». Le même communiqué précise également « qu’à l’issue d’un examen psychiatrique […] réalisé dans la soirée [du 24 octobre], sa garde à vue a été levée » pour « une période d’observation psychiatrique susceptible de durer 48 heures ».
Réactions de Macron
En déplacement à Trappes, Macron dénonce un « attentat terroriste raciste » et déclare qu’il s’agit d’un « tournant » parce que « c’est la première fois qu’il y a un acte terroriste planifié pour tuer nos compatriotes, nos enfants, à raison de leur couleur de peau ou de la religion qu’on leur donne ». Cette déclaration calamiteuse entraîne protestations et rectification par l’Elysée. Il s’en faut cependant de beaucoup que les critiques de Macron aient été eux-mêmes très clairs dans leur opposition au racisme.
Dans son intervention, Macron trouve le moyen de faire trois erreurs. La première est sur le « tournant », tant il est évident que la France ne découvre pas les attentats terroristes racistes, en particulier anti-sémites. Mais elle ne découvre pas non plus les crimes racistes anti-Noirs, anti-Arabes ou anti-musulmans. Cependant, ce que Macron a cherché à évoquer, c’est autre chose : il s’agit bien là d’un attentat raciste anti-Noirs, anti-Arabes et anti-musulmans, inspiré par l’idéologie de l’extrême-droite, et sous la forme nouvelle d’une fusillade de masse, peut-être même sur le modèle des crimes de masse précisément commis au nom du soit-disant « grand remplacement ». Là il y a un tournant. Mais Macron, qui ne qualifie pas le « racisme », pour des raisons tordues, délivre un message inaudible qui déplait à tous les bords, et devra être rectifié, sur ce point et seulement sur ce point, par l’Elysée.
Deuxième erreur de Macron : il trouve le moyen de se prendre les pieds dans le tapis en évoquant les Français, les « hommes », les « compatriotes » victimes. La réalité était pourtant simple. Kevin T est français, Pengo Bossio Wangi aussi, bien que, dans son cas, les médias racistes utilisent la périphrase « de nationalité française », suggérant, à la façon de l’extrême-droite, qu’il pourrait bien être un « français de papier ». En tout état de cause, qui a vérifié la nationalité de l’ensemble des victimes ? Et surtout, est-ce que le crime de Kevin T. serait moins grave s’il n’avait tué ou blessé « que » des étrangers ? Macron n’est pas seul dans cette dérive. Partout on lit des commentaires mettant en avant le fait que l’assassin aurait tué des « compatriotes » ou des « concitoyens ». On est là devant une attitude qui n’est pas sans rappeler les célèbres « Français innocents » de l’anti-sémite Raymond Barre.
Dernière erreur de Macron, typique du déni politique des partis face à l’extrême-droite : il ne fait aucune mention de l’origine idéologique de l’acte terroriste raciste. Il prive ainsi les citoyens des éléments de compréhension indispensables. Car tout donne à penser que l’assassinat et les tentatives d’assassinat de Trappes et La Verrière baignent dans l’atmosphère caractéristique de l’idéologie du « grand remplacement ». Macron n’est pas isolé dans ce déni : des commentateurs et des médiatiques se sont précipités sur la notion d’« ultra-droite », comme s’ils n’avaient rien de plus pressé que de dédouaner a priori le RN. Cela tombe mal : Bardella a baptisé Trappes « capitale du djihadisme » et c’est une ville que le RN ne cesse de dénoncer à la vindicte de ses électeurs. Quant aux relations entre le « grand remplacement » et le RN, nous avons déjà expliqué ailleurs qu’elles étaient marquées, non par le refus mais par la synergie.
Réactions du maire de Trappes
Le maire de Trappes, Ali Rabeh, membre du parti Générations créé par Benoit Hamon, ayant la double nationalité française et marocaine, dénonce « un attentat à connotation raciste, probablement islamophobe ». Il a aussi déclaré « c’est probablement une première tentative de crime de masse, à connotation islamophobe et raciste ».
Si Rabeh a raison de vouloir sortir de l’ambiguïté et qualifier le racisme de Kevin T., il le fait d’une manière très discutable.
On peut passer rapidement sur le recours à la notion d’ « islamophobie » pour rendre compte du racisme anti-musulmans, voire anti-Arabes. Rabeh sait très bien quel est le débat sur cette question qui a été posé en termes parfaitement clairs par Charb, assassiné par les djihadistes islamistes le 7 janvier 2015. On peut avoir la phobie d’une religion donnée, ou d’un groupe de religions, ou de toute religion, sans détester les hommes qui adhèrent à ces religions. Ce qui doit être proscrit c’est le racisme qui s’adresse à des hommes pour leur croyance religieuse ou toute autre raison. Ali Rabeh a décidé de se comporter comme s’il était en mission pour promouvoir le thème de l’islamophobie. En procédant ainsi, il défend mal les musulmans de Trappes et de toute la France.
Surtout, son ordre de priorité est plutôt inquiétant. Dans la première citation, c’est l’islamophobie qui qualifie, qui donne le contenu du racisme. Dans la deuxième, « connotation islamophobe et raciste », qu’il faut probablement comprendre comme « racisme anti-musulmans et racisme anti-Noirs », la priorité est encore donnée à l’islamophobie, et les Noirs sont carrément oubliés.
En revanche, nous soutenons le maire de Trappes sur deux points : l’évocation d’une « première tentative de crime de masse », déjà évoquée, et la mise en cause de « la haine meurtrière et violente de l’extrême droite ». Il est bien placé pour relever les torrents de boue déversés sur les immigrés et les étrangers par Le Pen, Zemmour, Marion Maréchal, y compris aux dépens de la ville de Trappes et de ses habitants. Et il a bien fait de dénoncer la responsabilité de certains médias, notamment certaines chaines d’information en continu. Il se pourrait bien qu’une des suites de ces événements tragiques soit la mise en avant et la dénonciation du phénomène de racisme médiatique.
Réactions de l’avocat de la famille de Pengo Bossio Wangi
L’avocat de la famille de Pengo Bossio Wangi est Yassine Bouzrou, qui ne laisse pas ignorer en général ses propres convictions. Il dénonce « un attentat raciste commis par un terroriste d’extrême droite ».
Dans un communiqué de presse, Bouzrou revient sur « les circonstances de l’acte ». Nous citons en entier cet extrait significatif : « La famille demande que l’enquête établisse, de manière exhaustive, le parcours de radicalisation de l’auteur présumé, Kevin T., ainsi que les sources idéologiques auxquelles il a été exposé. Elle relève que les thèses récentes dites du « grand remplacement » et les propos de stigmatisation de populations en raison de leur origine ou de leur religion font l’objet, depuis plusieurs années, d’une diffusion dans certains espaces médiatiques et politiques… ».
Yassine Bouzrou a dénoncé aussi un certain usage de la psychiatrie et appeler à une « symétrie » dans le traitement des affaires afin « que l’expertise psychiatrique ne devienne jamais, dans les crimes racistes et terroristes, un raccourci commode pour éviter de nommer l’idéologie qui arme les bras. »
Rassemblements
Après les premiers rassemblements à Trappes et Aubervilliers, des rassemblements auront lieu dans toute la France, ce lundi 26 octobre 2026.
Faire Face soutient le « Rassemblement contre le racisme », à l’appel notamment des syndicats, de SOS Racisme, de la Ligue des droits de l’homme qui se tiendra à 19h, à Paris, place Stalingrad.









