Poutine, héros national et identitaire
Poutine n’a de cesse d’opposer la morale chrétienne au déclin de l’Occident : « Aujourd’hui dans de nombreux pays les normes de la morale et des mœurs sont réexaminées, les traditions nationales sont effacées, ainsi que les distinctions entre les nations et les cultures. La société ne réclame plus uniquement la reconnaissance directe du droit de chacun à la liberté de conscience, des opinions politiques et de la vie privée, mais la reconnaissance obligatoire de l’équivalence, quelque étrange que cela puisse paraître, du bien et du mal, qui sont opposés dans leur essence » (Adresse au Conseil de la fédération, 12 décembre 2013).
« Contre le relativisme, le déclin culturel, l’invasion d’internet, le politiquement correct, l’amnésie, le masochisme démocratique, la faiblesse face aux minorités, Vladimir Poutine promeut une éducation morale fondée sur les valeurs chrétiennes, la culture classique et livresque, le patriotisme, le militarisme et le respect de la hiérarchie. Selon lui, au fond, l’Europe est entrée en décadence, tandis que la Russie se situe dans une phase ascendante de son histoire. Il s’appuie sur le schéma pseudo-scientifique d’un Constantin Leontiev, dont il arrive à Vladimir Poutine de citer l’un des concepts les plus célèbres, celui de « complexité florissante ». Selon le philosophe russe, ardent anti-européen et anti-bourgeois, toute civilisation, après une époque de simplicité originelle, connaît son apogée dans une ère de complexité florissante, avant de s’étioler en une époque de simplification et de confusion »[1].
Et de promouvoir la Grande Russie. « Le rêve de M. Poutine est en effet moins de reconstituer l’Union soviétique (…), que la « Sainte-Russie » impériale et orthodoxe. (…) M. Poutine considère de son devoir de ramener sous pavillon de la Russie les populations qui en partagent la langue, la culture, la religion. S’agissant de l’Ukraine, c’est un autre raisonnement qui est fait par le chef du Kremlin. Le territoire qui est, selon lui, entre les mains de la clique néo-nazie de Kiev, n’est pas une nation. Elle ne saurait donc prétendre à aucune indépendance ou souveraineté. La « petite Russie » reste aux yeux de M. Poutine une province russe »[2].
De façon générale, le RN partage « l’analyse » de Poutine sur le déclin et la faillite morale de l’Occident. Le Russie représente l’exemple d’une révolution conservatrice à la fois intérieurement (une société hiérarchique et autoritaire) et extérieurement (un monde multipolaire d’Etats identitaires).
Dans ce cadre, Vladimir Poutine apparaît pour le RN comme un héros national et identitaire, qui est vu comme celui qui a su mettre en place un régime d’ordre et de puissance. Peu importe que son ennemi soit l’Occident (et notamment l’Europe)…
Voici quelques captures de vidéos d’interviews de Marine Le Pen, qui ne laissent aucun doute sur son admiration[3] :

L’alliance avec la Russie
Une constante
La recherche d’une alliance avec la Russie est une constante des positions du FN, puis du RN, selon des modalités qui ont varié.
La tentation de « l’alliance russe » est une vieille histoire pour l’extrême droite :
- Les liens étaient forts dans les années 1920 et 1930 entre les groupes d’extrême droite et les Russes blancs[4].
- Toute une parte de l’extrême droite européenne a montré des faiblesses vis-à-vis des thèses d’Alexandre Douguine – longtemps en cours auprès de Poutine -et des « nationaux bolcheviques » sur la constitution d’un bloc Europe – Russie. Certes ces thèses, reprises par un certain nombre de personnalités de l’extrême droite(Jean Thiriart, Christian Bouchet, Alain Soral[5], Alain de Benoist[6]…), ont connu différentes variantes : la variante Eurasie avec l’Asie, la variante européenne contre l’Asie, la variante défense de la blanchité… On trouve – on trouvait surtout – parmi les conseillers de Marine Le Pen des partisans de l’Eurasie ou de la blanchité : Emmanuel Leroy, Aymeric Chauprade par exemple. Marine Le Pen, lors des présidentielles de 2012, défend « une union paneuropéenne des Etats souverains incluant la Russie et la Suisse ».
On pourrait ajouter que « l’alliance orthodoxe » a toujours – en tout cas jusque récemment – eu des partisans au sein de l’armée française, comme en témoigne l’affaire d’espionnage en faveur de la Serbie en pleine guerre de l’OTAN en Yougoslavie, en 1998, de la part d’un officier supérieur de l’armée française[7].
Le FN, puis le RN, ont multiplié, après la chute de l’URSS, les contacts avec la Russie.
En 2005, Jean-Marie Le Pen, en visite à Moscou et accueilli à la Douma par le parti d’extrême droite Rodina, évoque une « Europe boréale », ce qui sera le prétexte pour son exclusion du RN par sa fille, qui a pourtant multiplié les déclarations en faveur d’une Europe « de Brest à Vladivostok ».
Marine Le Pen, en 2012, comme on l’a déjà mentionné, souhaitait « une union paneuropéenne des Etats souverains incluant la Russie et la Suisse », le programme de 2017 reprenant cette proposition en y ajoutant une « proposition faite à l’Allemagne de s’associer pour former une alliance trilatérale Paris-Berlin-Moscou »[8]. La même année, dans son ouvrage « Pour que vive la France », « elle conçoit un mondialisme forgeant un homme postmoderne déraciné, et propose en remède de construire un espace des patries ‘’de l’Atlantique à l’Oural’’ »[9] : « S’appuyer sur la Russie aujourd’hui, c’est créer le véritable espace européen de l’Atlantique à l’Oural, l’Europe des patries poursuivant leurs intérêts nationaux et associées dans une communauté de civilisations, bien éloignée du modèle communautariste ultra libéral américain vers lequel l’Union Européenne nous conduit »[10].
Le programme du RN de 2015 – un an après l’annexion de la Crimée – propose « une alliance stratégique poussée avec Moscou fondée sur un partenariat ».
En 2017, le 24 mars, Marine Le Pen est reçue par Vladimir Poutine au Kremlin en pleine campagne présidentielle française. Elle déclare à cette occasion : « Nous ne croyons pas dans une diplomatie de menaces, de sanctions ou dans une diplomatie de chantage que l’Union européenne, malheureusement, applique de plus en plus contre la Fédération de Russie et contre ses propres membres ».
Voici ce qu’affirme le programme du RN pour les présidentielles de 2022, dans sa brochure sur la défense qui a opportunément disparue de la version en ligne sur le site du RN (alors que les autres brochures sont disponibles) : « Sans crainte des sanctions américaines, il sera recherché une alliance avec la Russie sur certains sujets de fond ». Est notamment citée « la sécurité européenne », qui « ne peut exister sans elle, la lutte contre le terrorisme qu’elle a assurée avec plus de constance que toute autre puissance, la convergence dans le traitement des grands dossiers régionaux impactant la France (Méditerranée orientale, Afrique du Nord & centrale, Golfe/Proche-Orient et Asie notamment) ». Pour ceux qui doutent, nous tenons à leur disposition la brochure en question, que nous avons retrouvée.
Il est vrai que cette proposition ne figure plus dans le programme du RN pour les européennes de 2024. L’agression de la Russie contre l’Ukraine est passée par là…Mais ce dernier préconise, on l’a vu, de substituer à l’UE « une Alliance européenne des nations, une organisation de coopération au service des peuples, respectueuse de la démocratie et des souverainetés nationales ».
En 2023, les eurodéputés RN avaient également refusé de condamner les conditions de détention d’Alexeï Navalny, mort en 2024 dans les geôles de Vladimir Poutine en Sibérie.
Jordan Bardella semble même prendre ses distances avec la Russie, qui devient un allié encombrant – ce qui suggère une différence d’appréciation avec Marine Le Pen. Le 10 mars 2025, il déclare à France Inter : « La Russie est évidemment une menace aujourd’hui multidimensionnelle pour la France et pour les intérêts européens ». Il déclare à l’Opinion le 18 février 2026 : «Le réel est venu frapper à nos portes et il est clair que le Vladimir Poutine d’il y a cinq ans n’est pas celui qui, cinq ans plus tard, décide d’envahir l’Ukraine et de commettre des crimes de guerre à Odessa ou à Marioupol (…) Le soutien moral, politique et matériel à l’Ukraine relève pour moi de l’évidence. (..…) On ne peut pas être patriote et souverainiste et être insensible à la violation de la souveraineté d’un Etat européen (…) Il y a entre la France et la Russie une guerre d’intérêt et une guerre d’influence qui s’étend jusqu’à l’Afrique ». L’opportunisme n’a pas de limite. Cet apparent revirement n’empêche par le RN de bloquer le prêt de 90 milliards d’euros de l’UE à l’Ukraine et de continuer à affirmer que la Crimée fait partie de la Russie…
Les prêts russes et hongrois
Le RN et son fondateur ont bénéficié en 2014 de deux prêts russes à hauteur totale de 11 millions d’euros pour financer leurs campagnes[11]. Ces emprunts se sont accompagnés d’un alignement du parti sur les positions du Kremlin et de versements aux structures du négociateur du prêt en échange de positions pro-Poutine au Parlement européen.
Ces prêts ont connu bien des vicissitudes :la Frist Czech Russian Bank a fait faillite, la créance envers le Front national (devenu Rassemblement national) a transité d’abord vers une société de locations de voitures, avant d’être rachetée par Aviazaptchast, une société russe d’aviation, dirigée par d’anciens militaires russes, qui a une activité duale (civile et militaire) et se trouve sur la liste des sociétés sanctionnées par les États-Unis.
Mais ce n’est pas tout. En 2014, le microparti de Jean-Marie Le Pen, qui alimente les campagnes du Front national, décroche lui aussi un prêt russe, de 2 millions d’euros. Puis, en juin 2016, Marine Le Pen signe à nouveau un projet de prêt russe de 3 millions d’euros – qui n’aura pas de suite, la Strategy Bank ayant perdu sa licence. Le parti sera finalement sauvé grâce à un autre prêt obscur : 8 millions d’euros d’un homme d’affaires français, Laurent Foucher, lié aux autorités russes par de mystérieux accords, ce prêt transitant par une banque émirati[12].
En 2023, le Rassemblement national (RN) a annoncé le « remboursement anticipé » des prêts russes, avec « 60 mois » d’avance. Les bons résultats électoraux du RN – et les aides publiques afférentes – lui ont permis de ne plus avoir besoin, semble-t-il, de prêts de banques étrangères.
En 2022, dans le cadre de la campagne présidentielle, le RN a pu obtenir un emprunt de 10,6 millions d’euros d’une banque hongroise, la Magyar Bankholding (MBH), pour financer sa campagne présidentielle. La même banque, a accordé en 2023 un prêt de 9,2 millions d’euros au parti d’extrême droite espagnol Vox en 2024[13]. Comme par hasard, en juillet de la même année, Vox a annoncé quitter le groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) au Parlement européen, dirigé par la Première ministre italienne Giorgia Meloni (Fratelli d’Italia), pour rejoindre les Patriotes pour l’Europe (PfE), aux côtés du Fidesz. Nous ne savons pas si le RN, à la date d’aujourd’hui, a remboursé sa dette.
Le soutien à l’annexion de la Crimée et le refus d’aider l’Ukraine
L’annexion de la Crimée par la Russie
Le 1er février 2017, interrogée par une journaliste de CNN sur ses liens avec la Russie, Marine Le Pen affirme : « Mais il n’y a pas eu d’invasion de la Crimée, il faut arrêter ! (…) La Crimée a toujours été russe. Elle a été donnée à l’Ukraine il n’y a pas très longtemps par les Soviétiques. Mais la population se sent russe ». Quand on voit la réaction du peuple ukrainien à l’invasion russe, il y a de quoi sourire…
Quelques mois plus tard, Marine Le Pen fait le voyage à Moscou et rencontre Poutine :
En 2018, Thierry Mariani, ancien ministre de Sarkozy, rejoint le RN. Il anime une association qu’il a créée, Dialogue franco-russe. En 2019, il est en 3ème position sur la liste du RN pour les européennes ; en plein campagne électorale, Poutine organise une réunion en Crimée à laquelle participent Marion Maréchal et Thierry Mariani. Ce dernier n’est pas un marginal au sein du RN : il était la tête de liste du RN à Paris pour les élections municipales de 2026.
En 2022, après l’invasion de l’Ukraine et lors de la campagne pour les présidentielles, le RN fait pilonner le tract de campagne où la photo ci-dessus figurait[14] :

En 2023, lors de son audition par la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les ingérences étrangères en politique, Marine Le Pen a maintenu sa position selon laquelle la Crimée serait russe. « La Crimée a été russe pendant deux siècles, elle a été ukrainienne 60 ans, donnée par un dictateur sur un coup de tête, un caprice »[15]. Elle refuse d’établir un lien entre des positions proches de celles du Kremlin et les prêts accordés à son parti par une banque russe.
Le refus de l’aide à l’Ukraine
En janvier et février 2022, Marine Le Pen se déclare persuadée – comme d’autres – que la Russie n’attaquera pas l’Ukraine, comme l’affirment les Etats-Unis. Lors de l’agression de la Russie contre l’Ukraine, dès le 21 février, elle publie un communiqué condamnant l’invasion russe : « La décision de Vladimir Poutine est un acte éminemment regrettable qui ne participe pas à la nécessaire désescalade des tensions que j’appelle de mes vœux depuis le début de la crise. Néanmoins, tout doit être fait pour retrouver la voie du dialogue afin d’assurer la paix en Europe. Désormais, la solution passe probablement par l’organisation d’une conférence réunissant les Etats-Unis, la Russie, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni ainsi que la Pologne, la Roumanie, la Hongrie et la Slovaquie, états frontaliers de l’Ukraine[16]. Cette conférence aurait pour objectif de négocier une solution sur la base de l’accord de Minsk, accord dans lequel la France avait joué un rôle déterminant et dont l’application assurerait la paix »[17].
Pour sa part, Eric Zemmour n’hésite à déclarer : « l’Ukraine n’existe pas »[18].
Mais Marine Le Pen va rapidement recadrer sa propre position. Le 12 mars lors d’un déplacement à Dunkerque, elle déclare : « Les belligérants, ce sont les Ukrainiens et les Russes. Il faut, pour trouver une solution diplomatique à la guerre, que les Russes et les Ukrainiens soient d’accord. ». Et d’évoquer les conditions posées par la Russie, à savoir que l’Ukraine n’entre pas dans l’OTAN, qu’elle reconnaisse le rattachement de la Crimée et accepte un accord sur les régions du Donbass.
Le 25 mars, à Saint-Martin-Lacaussade (Gironde), elle condamne les sanctions européennes au nom du pouvoir d’achat : « Ce sont les mêmes dirigeants, qui, hier, sacrifiaient nos agriculteurs sur l’autel du libre-échange, qui aujourd’hui les achèvent au nom d’une efficacité supposée de ces sanctions », en refusant « d’imposer aux campagnes françaises les conditions de vie des Russes ». De son côté, Thierry Mariani endosse la position russe ; le 28 mars, il estime que tout a « commencé par un coup d’Etat en 2014 soutenu par les USA et l’Union européenne ».
Le RN défend très vite la politique du « soutien sans aide ». Le 17 juillet 2024, il publie un communiqué qui explique qu’il faut soutenir l’Ukraine, mais sans l’aider : « Le RN, par la voix de Jordan Bardella et Marine Le Pen, a toujours défendu une ligne de soutien claire et efficiente à l’Ukraine, victime d’une guerre d’agression illégale et injustifiée menée par la Russie. Cette dernière, en violant impunément la souveraineté territoriale de l’Ukraine, menace l’ordre international ainsi que la paix du monde, tout en constituant une menace multidimensionnelle contre les intérêts de la France. Cependant, ce constat ne doit pas occulter le déséquilibre des propositions formulées et instrumentalisées par la majorité PPE-Renew-Socialistes au Parlement européen :
- L’obligation pour chaque État membre de consacrer 0.25% de son PIB par an, soit 7 milliards d’euros pour la France, au soutien militaire à l’Ukraine. De tels montants apparaissent déraisonnables dans le contexte budgétaire français actuel ;
- L’intégration accélérée de l’Ukraine au sein de l’UE, au mépris des réalités économiques et du risque d’effondrement de la Politique Agricole Commune telle que nos agriculteurs en bénéficient aujourd’hui ;
- La levée les interdictions de livrer du matériel de guerre permettant de cibler directement le sol russe, alimentant de fait le risque d’escalade »[19].
Voici un petit relevé de quelques votes du RN au Parlement européen et à l’Assemblée nationale française :
- Durant la législature 2019-2024 du Parlement européen, le RN a voté trois fois contre des résolutions d’aide à l’Ukraine et se sont abstenus deux fois.
- 16 février 2022 au Parlement européen, quelques jours avant l’agression russe, le RN s’abstient sur un prêt de 1,2 milliard d’euros à l’Ukraine, dans un « contexte d’accroissement de l’incertitude géopolitique empêchant Kiev d’accéder aux marchés internationaux des capitaux » et « destinée à favoriser la stabilité dans ce pays ».
- Le 21 novembre au Parlement européen, le RN vote contre une résolution qualifiant la Russie d « État promoteur du terrorisme » en Ukraine.
- Le 1er décembre 2022 à l’Assemblée nationale, le RN s’abstient lors du vote sur une résolution condamnant « le crime d’agression » de la Russie envers l’Ukraine.
- 12 mars 2024 à l’Assemblée nationale , lors d’un vote sur l’accord bilatéral de sécurité entre la France et l’Ukraine, le RN s’abstient, car, tout en étant « favorable au soutien à l’Ukraine », il « ne souhaite pas entrer en guerre précisément avec la Russie », déclare alors Jordan Bardella.
- En juillet 2024 au Parlement européen, le RN vote contre une résolution sur l’aide à l’Ukraine (cf. communiqué ci-dessus).
- En octobre 2024 au Parlement européen, lors du vote sur le prêt de 35 milliards d’euros financé par le gel des avoirs russes, les élus du RN s’abstiennent. Thierry Mariani (RN, groupe PfE) et Sarah Knafo (Reconquête, groupe ENS) sont les deux seuls eurodéputés français à avoir voté contre le texte.
- 12 mars 2025 à l’Assemblée nationale : le RN vote contre une résolution de soutien à l’Ukraine, parce qu’on y trouve une phrase qui défend l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne.
- 11 février 2026 : le RN, et la grande majorité du groupe Les Patriotes pour l’Europe, vote contre le prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine au Parlement européen.
Le 25 novembre 2025, après l’annonce d’un plan de paix très favorable à la Russie et présenté par les Américains suite à des pourparlers avec les Ukrainiens à Genève, Marine Le Pen publie puis supprime, sur le réseau X, un message par lequel elle se félicitait prématurément du « silence des armes tant attendu ». « Il faut saluer l’engagement constant du président Donald Trump, qui n’a eu de cesse de rechercher une issue à ce conflit meurtrier, il faut s’incliner devant le courage et l’abnégation du président Zelensky qui pendant quatre ans a porté la résistance de son pays face à une guerre d’agression et qui a pris aujourd’hui l’une des décisions les plus difficiles pour un chef d’Etat, accepter un plan de paix dont certains des termes sont contestés, mais qui a le mérite de mettre fin aux destructions, aux privations et aux souffrances de toute une nation ».
Le 15 avril 2026 sur France 2, Jordan Bardella renouvelle son désaccord sur le prêt de 90 milliards d’euros à l ’Ukraine et avance que cela couterait 18 milliards aux contribuables français. Or cela est un mensonge, un de plus. Ce prêt est une ligne de crédit levée sur les marchés par l’UE, et non une ponction dans le budget européen et donc, pour une part, dans la contribution de la France. De plus ce sont les intérêts (plusieurs milliards d’euros par an) générés par les actifs de la Banque centrale de Russie gelés en Europe qui vont rembourser le prêt, que l’Ukraine serrait bien incapable de payer. Et donc, en définitive, c’est la Russie qui paye. On comprend que cela déplaise à Jordan Bardella…
[1] La doctrine Poutine Entretien de Florent Guénard avec Michel Eltchaninoff, La Vie des Idées, 2015, https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20150303_poutine.pdf
[2] Michel Fize, Vladimir Poutine, un nationaliste « grand russe », La Revue Politique et Parlementaire, 26 mars 2024, https://www.revuepolitique.fr/vladimir-poutine-un-nationaliste-grand-russe/
[3] https://www.facebook.com/reel/1244969523633150
[4] Nicolas Lebourg et Olivier Schmitt, op. cit..
[5] Qui vient de s’exiler en Russie.
[6] Qui est reçu à Moscou en 2008 et à Saint Pétersbourg en 2012.
[7] « Le commandant de l’armée de terre française Pierre Bunel, 46 ans, chef de cabinet du général commandant la représentation militaire française auprès de l’Otan, a été mis en examen samedi à Paris pour «intelligence» avec les Serbes de Yougoslavie. L’officier est soupçonné d’avoir remis à des agents serbes des documents classés secret-défense sur les sites militaires yougoslaves qui auraient été les cibles de frappes aériennes de l’Otan si les forces serbes ne s’étaient pas retirées du Kosovo au moment du dernier ultimatum le 27 octobre. Pierre Bunel a reconnu les faits et affirmé avoir agi par sentiment proserbe, sans contrepartie financière ». orientlejour.com/article/266209/Espionnage_-_Un_officier_francais_inculpe_dintelligence_avec_les_Serbes_Paris_affaibli_a_lOTAN_par_laffaire_Bunel_%28photo%29.html
[8] Citée par Nicolas Lebourg et Olivier Schmitt, Paris Moscou, un siècle d’extrême droite, Paris, Le Seuil, 2024.
[9] Nicolas Lebourg et Olivier Schmitt, op. cit.
[10] Marine Le Pen, Pour que vive la France, Paris, Granger, 2012.
[11] Marine Le Pen a toujours expliqué que le recours à des banques russes était dû au refus des banques françaises ; mais pourquoi les seules banques qui ont prêté l’oreille au RN sont-elles des banques russes ? Quelles sont les contreparties ?
[12] Sources : https://www.mediapart.fr/journal/france/270624/en-marge-du-pret-russe-au-rn-255-000-euros-ont-ete-verses-en-echange-de-positions-pro-poutine ; https://www.mediapart.fr/journal/france/dossier/largent-russe-du-rassemblement-national ; https://www.mediapart.fr/journal/politique/210923/le-rn-solde-son-pret-russe-pas-les-questions-qui-l-entourent ; https://www.mediapart.fr/journal/international/200422/le-financier-de-la-campagne-2017-de-marine-le-pen-est-lie-aux-autorites-russes ; https://www.mediapart.fr/journal/france/041019/un-pret-emirati-de-8-millions-d-euros-sauve-le-rassemblement-national
[13] https://euractiv.fr/news/la-hongrie-nie-avoir-participe-a-loctroi-dun-pret-de-92-millions-deuros-au-parti-dextreme-droite-espagnol-vox/
[14] Source : https://www.bfmtv.com/politique/elections/presidentielle/l-equipe-de-campagne-de-marine-le-pen-dement-la-destruction-de-tracts-ou-elle-pose-avec-poutine_AN-202203010493.html
[15] Et elle déclare en février 2017 à la chaîne américaine CNN «Mais il n’y a pas eu d’invasion de la Crimée, il faut arrêter! ». Elle désavoue les sanctions décrétées par la communauté internationale contre la Russie pour son implication dans les troubles séparatistes et l’annexion de l’Ukraine.Elle condamne le mouvement pro-occidental de la place Maïdan ayant renversé le gouvernement ukrainien en décembre 2013. « Il y a eu un coup d’État en Ukraine. Ce n’est pas seulement mon avis, c’est la réalité, un coup d’État ». https://www.bfmtv.com/politique/quand-marine-le-pen-niait-toute-invasion-de-la-crimee-par-la-russie-a-la-television-americaine_AN-202204120334.html
[16] On remarquera l’absence de l’Ukraine dans la liste. Simple oubli ?
[17] https://rassemblementnational.fr/communiques/communique-de-marine-le-pen-sur-la-situation-en-ukraine
[18] Et François Fillon déclare : « En voulant à tout prix arracher l’Ukraine à l’influence russe, l’Europe a commis une faute historique, (…) mettant à mal tous les espoirs d’intégration de la Russie dans un grand espace économique européen capable de résister à la domination asiatique ».François Fillon, Faire, Paris, Albin Michel, 2015.
[19] https://rassemblementnational.fr/communiques/resolution-du-parlement-europeen-sur-lukraine-le-rassemblement-national-reitere-son-soutien-a-lukraine
Le présent article fait partie d’un dossier qui comprend 8 articles :
- Le RN et les Etats-Unis de Trump (1/8).
- L’extrême droite américaine et le RN (2/8).
- Le RN et la Russie de Poutine (3/8).
- Le RN et l’Union Européenne (4/8).
- Le RN et la Hongrie d’Orban (5/8)
- Meloni, une alliée encombrante ? (6/8).
- La supériorité du droit national sur le droit international (7/8).
- En concluant sur le renversement des alliances (8/8).








