Le RN et la Hongrie de Viktor Orban

Suite à l’invasion de l’Ukraine, il est devenu plus difficile pour le RN de mettre en avant l’alliance russe ; par ailleurs le RN entend désormais réformer l’UE « de l’intérieur ». D’où une sorte de recentrage vers la Hongrie d’Orban et, dans une moindre mesure, l’Italie de Meloni. Mais ce n’est qu’une façade opportuniste : Orban est l’allié des Russes, les fondements idéologiques restent les mêmes.

La Hongrie de Viktor Orban

Viktor Orban a commencé sa carrière comme dissident libéral et l’un des fondateurs du parti Fidesz en mars 1988 — qui était alors une association étudiante prônant la liberté d’expression, le pluralisme politique et l’autonomie de la société civile.

Le Fidesz – tout comme le PiS (Droit et justice) en Pologne – n’a pas eu à se dédiaboliser pour accéder ou se maintenir au pouvoir. C’est au contraire en parvenant aux plus hautes fonctions de l’État qu’il a droitisé, puis « ultradroitisé » son discours et attaqué les fondements de la démocratie.

Dès 1994, Orbán engage Fidesz vers un nationalisme conservateur d’abord modéré, mais plus tranché. En 2010, le Fidesz remporte une majorité des deux tiers au parlement, ce qui lui donne le pouvoir de modifier la Constitution. Il promet une « révolution » et qu’une frénésie législative s’empare du Parlement. Progressivement la Hongrie, d’abord un des meilleurs soutiens de l’UE, prend ses distances et se rapproche de la Russie.

Viktor Orban salue les élections de Trump aux Etats-Unis. En novembre 2016, il déclare : « Avec le Brexit, nous avons ouvert la porte, avec l’élection de Trump nous avons franchi le seuil… La non-démocratie libérale c’est terminé. Quelle journée ! Quelle journée ! Quelle journée ! ». En novembre 2024, il qualifie la victoire de Trump de « plus grand retour de l’histoire politique américaine ! ».

Des attaques contre l’Etat de droit et un échec économique

Des 2010, Viktor Orban prend des mesures que l’on peut qualifier d’iullibérales. La Cour constitutionnelle est réformée, ses juges sont nommés à vie sur simple décision gouvernementale, et sa jurisprudence antérieure est remise en cause. L’ensemble du secteur de la justice est mis à la botte du pouvoir : les présidents de tribunaux du moment sont écartés et un organe est mis sur pied, l’Office national judiciaire, qui a pouvoir de nommer et de destituer tous les juges du pays.  Les institutions clefs sont peuplées de partisans nommés pour des mandats exceptionnellement longs[1].

Le secteur des médias est également remodelé. L’audiovisuel public est placé sous la tutelle d’une Autorité des médias, elle-même sous l’autorité de l’exécutif, pour devenir petit à petit un outil de propagande au service du Fidesz. Des dizaines de journalistes sont licenciés. Le gouvernement affaiblit les médias indépendants par le biais de taxes publicitaires punitives et du retrait des autorisations et des licences de diffusion. 

Parallèlement, le système électoral est modifié : le nombre de députés est diminué presque de moitié, les circonscriptions sont redécoupées de manière à favoriser les zones rurales, une forte prime à la majorité est introduite.

Un système de propagande est mis en place. La banque centrale hongroise accorde au gouvernement environ 900 millions d’euros pour mettre en place un réseau de fondations officiellement indépendantes finançant des instituts et des réseaux pro-Orbán. En 2021, des universités et des entreprises sont confiées à des « fondations d’intérêt public ».

C’est à partir de 2015 que se joue ce tournant ultranationaliste et ultraconservateur, lors de la crise de l’accueil des exilés d’Irak et de Syrie en Europe. Le projet de répartition des demandeurs et demandeuses d’asile entre les Vingt-Sept proposé par l’UEest d’emblée rejeté par Viktor Orbán. Il fait alors figure de leader de l’Europe centrale en relançant le groupe dit de Visegrád (Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie) pour s’opposer à l’accueil des réfugiés, et ferme sa frontière sud. Quiconque aide une personne « illégale » à faire une demande d’asile ou à obtenir un permis de séjour devient en 2018 passible d’une peine de prison. Les ONG recevant des financements étrangers sont depuis lors imposées à hauteur de 25 %.

Orban a mis en place tout un système de corruption bénéficiant à ses proches et à ses affidés. On peut prendre pour exemple l’affaire Elios, relative à l’éclairage public. Des appels d’offres coordonnés et des conflits d’intérêts systémiques dans des dizaines de municipalités hongroises ont été mis au jour, pour environ 40 millions d’euros de contrats financés sur fonds européens, notamment au profit de István Tiborcz, le gendre d’Orbán. Les appels d’offres à soumission unique se sont généralisés, avec des cahiers des charges conçus sur mesure pour les soumissionnaires favoris. L’indice de perception de la corruption de Transparency International classe désormais la Hongrie au même niveau que la Chine et Cuba.

En 2010, la Hongrie figurait parmi les économies les plus dynamiques d’Europe centrale. En 2024, selon Eurostat, son PIB par habitant est inférieur à celui de la Pologne et de la Roumanie, deux pays qu’elle devançait au début du mandat Orbán.    Les prix ont grimpé de 50 % depuis 2020. L’inflation a atteint 17,12 % en 2023, pic historique en Europe. La TVA est fixée à 27 %, la plus élevée de l’Union européenne ce qui comprime directement le pouvoir d’achat des ménages les plus modestes.    Les hôpitaux manquent de personnel et de matériel. Les infrastructures se dégradent : selon la Commission européenne, la Hongrie figure parmi les pays de l’UE les moins performants en matière d’investissement public dans les transports et la santé.

En outre, derrière le slogan du « nationalisme économique » se cache un système qui favorise les entreprises étrangères. Selon l’économiste Andrea Éltető, environ 80 % des subventions discrétionnaires à l’investissement ont été accordées à des entreprises à capitaux étrangers, notamment des entreprise allemandes.

L’alliance avec la Russie

Si Orbán a toujours compté sur la Russie pour garantir un approvisionnement énergétique bon marché, ce pari a échoué. La Hongrie, membre de l’Union le plus dépendant du gaz russe, a été l’un des États les plus exposés à la crise énergétique de 2022. Le pays a alors connu la plus forte inflation de l’Union, celle sur les biens alimentaires dépassant les 40 % en glissement annuel au sommet de la crise, tandis que l’inflation générale était de 25 %. La Hongrie refuse d’appliquer les directives de l’UE sur la fin de l’approvisionnement de gaz et de pétrole auprès de la Russie.

La Hongrie est le cheval de Troie de Moscou au sein de l’UE. En 2023 Orban bloque la facilité européenne pour la paix en faveur de l’Ukraine, puis il tente de bloquer le gel des avoirs russes, et s’oppose désormais le prêt de 90 milliards à l’Ukraine. S’ajoute le blocage du vingtième paquet de sanctions à l’égard de la Russie, avec les révélations selon lesquelles le ministre des affaires étrangères hongrois se coordonnait directement avec son homologue russe lors des conseils européens portant sur ces sanctions.

Mais la Hongrie est aussi un cheval de Troie de Pékin. C’est en Hongrie, que les société chinoises réalisent parmi leurs plus gros investissements directs à l’étranger ; on peut citer la construction d’un chemin de fer entre Budapest et Belgrade.

La Hongrie a connu depuis 2020 l’inflation cumulée la plus élevée de toute l’Union européenne : près de 53 % sur l’ensemble des prix selon les données du FMI et de la Banque mondiale. Une économie à croissance négative sur plusieurs trimestres, un pouvoir d’achat en chute libre, et des scandales de corruption à répétition impliquant l’entourage direct du Premier ministre.

Aujourd’hui, le gel des fonds européens ébranle l’épine dorsale financière du régime. Le modèle de croissance hongrois — longtemps soutenu par des investissements étrangers — a perdu de son élan.

Un plan pour un « Great Reset « de l’Europe

En outre Viktor Orban a mis en place tout un dispositif d’influence. Au sein de ce dispositif figure le Mathias Corvinus Collegium (MCC), qui est le bras armé de Viktor Orbán dans le domaine de la réflexion stratégique et de l’éducation. Le MCC comprend six écoles, des milliers d’étudiants, une bibliothèque, un café (le café Scruton), un studio de production de podcasts et abrite des médias, des influenceurs, des think tanks et d’autres associations jumelles. Il a créé, en 2022, une branche à Bruxelles, baptisée le MCC Bruxelles, qui mène un actif lobbying auprès des institutions européennes. Autre organisme au service d’Orban, le Danube Institute a invité Éric Zemmour et le blogueur américain néoréactionnaire Curtis Yarvin. Un proche d’Orbán, Zoltán Kiszelly, dirige aussi le centre d’analyse politique Fin de siècle.

Le 11 mars 2025, s’associant à un institut polonais d’extrême droite, Ordo Iuris, le MCC a soumis à Washington un plan radical pour subvertir l’Union européenne[2], très vraisemblablement téléguidé par la Heritage Foundation, à l’origine du « Project 2025 ». Ce plan ne propose ni plus ni moins que de proposer un « Great Reset » de l’Europe, de vider l’UE de sa substance et de la nommer « Communauté européenne de nations ». Deux scénarios sont présentés : un scénario « Retour aux Fondamentaux » (on réforme très profondément l’UE), un scénario « Nouveau Départ » (on repart de zéro). C’est le premier scénario qui est présenté ici.

Au niveau du constat, le rapport affirme que « l’Union européenne est en train de sombrer rapidement dans le statut de pays arriéré de troisième ordre » et voit dans l’édifice institutionnel européen une inspiration « fédéraliste-communiste », provenant entre autres du Manifeste de Ventotene[3] de 1941, qui présenterait « des similitudes notables, tant sur le plan du langage que de l’idéologie, avec un autre manifeste rédigé un siècle plus tôt : le Manifeste du Parti communiste de Karl Marx et Friedrich Engels ».

Ce sont les principes mêmes de l’état de droit qui sont remis en cause dans le plan : « L’Union européenne évolue constamment dans une direction qui nous préoccupe profondément, sapant les valeurs qui nous sont chères : la démocratie représentative, la souveraineté, le respect de l’identité culturelle nationale, le pluralisme des opinions, la liberté et le développement économiques, la famille (mari, femme et enfants) en tant qu’unité naturelle et fondamentale de la société, et la sécurité intérieure. (…) L’expansion politique et juridique des organisations internationales prive progressivement les nations du contrôle sur des domaines successifs de politique publique ».

Selon le plan, l’Europe multiplie les « Menaces pour les libertés civiles et imposition d’une idéologie progressiste » :« Depuis de nombreuses années, la Commission européenne publie divers documents —appelés stratégies, recommandations ou lignes directrices— qui, sous prétexte de lutter contre la discrimination, le racisme et la xénophobie, imposent en pratique aux États membres l’obligation de censurer et de sanctionner sévèrement toute opinion critique à l’égard de certains groupes sociaux, principalement les communautés homosexuelles et transsexuelles, ainsi que les musulmans. De plus, sous couvert de lutter contre la désinformation, la Commission met systématiquement en place un système complet de surveillance et de censure des médias —à la fois publics et privés— ainsi que des plateformes mondiales de réseaux sociaux. (…) Les institutions de l’Union contribuent à l’érosion des identités culturelles et historiques distinctes des États membres en imposant une’’ identité européenne’’ nouvelle et artificielle, et en promouvant une forme d’’’ européanisme culturel’’ (…) et en invoquant des concepts banals et nébuleux tels que la diversité, le respect de la liberté, des droits et de la dignité, l’État de droit, l’égalité, le pluralisme politique, la séparation des pouvoirs, la démocratie, la protection des minorités et le respect de la société civile ». En outre, « des milliers de migrants économiques d’Asie et d’Afrique qui, depuis 2015, demandent l’asile en masse dans les pays européens, non pas en raison des dangers auxquels ils sont confrontés dans leur pays d’origine, mais pour accéder au marché du travail et aux systèmes de protection sociale ». On se croirait dans un texte de Nick Land ou de Curtis Yarvin…[4]

Les propositions sont aussi d’ordre institutionnel, « l’accent devant être mis sur la promotion d’une coopération étroite entre les peuples et les nations d’Europe, (…) le respect de la souveraineté de chaque État devant être le principe fondamental de la coopération européenne réformée » : la Commission serait transformée en secrétariat général, sans rôle législatif, chargée simplement de mettre en œuvre les conclusions du Conseil des ministres, la Cour de justice n’aurait plus aucun pouvoir. Le Parlement européen serait purement consultatif. Tout pouvoir décisionnel reposerait sur les États membres réunis en Conseil. Un droit de veto pourrait être exercé par 4 pays. Il serait établi un « bouclier des compétences nationales »

Le soutien du RN à Viktor Orban

Il existe des points communs entre la politique d’Orban et les propositions du RN. Quelques exemples :

  • Viktor Orban impose le traitement des demandes de droit d’asile à l’étrangerdepuis 2020, rendant quasiment impossible l’asile en Hongrie, comme le propose également le RN, d’où une énième procédure d’infraction lancée par la Commission européenne.
  • La candidate à la présidentielle souhaite exonérer d’impôts les moins de 30 ans ? Orban vient de le faire pour les moins de 25 ans.
  • Le RN propose aux familles un prêt immobilier pouvant aller jusqu’à 100 000 euros, transformable « en don » à partir du troisième enfant ? Orban a mis en place quasiment la même mesure.

Autre point commun, la volonté d’organiser des référendums sur tous types de sujets : dans la Hongrie d’Orban, 2 référendums et une profusion de consultations nationales ont permis d’asseoir les obsessions du pouvoir.

Marine Le Pen a rencontré Viktor Orban à de multiples reprises :

  • Le 26 octobre 2021, elle  rencontre Viktor Orbán au siège du gouvernement lors d’une visite quasi-présidentielle. Elle félicite son hôte :« Vous avez fait le choix courageux de préserver votre beau pays de la submersion migratoire que veut organiser l’Union européenne ».
  • Le 4 décembre 2021, les 2 se rencontrent au sommet conservateur de Varsovie, en Pologne, qui réunit treize partis souverainistes et d’extrême droite de l’UE, dont le Fidesz hongrois, le Vox espagnol, le FPÖ autrichien ou le Rassemblement national français ; ce sommet échoue à constituer un groupe commun au Parlement européen.
  • Le 27 septembre 2023, Marine Le Pen se rend à nouveau à Budapest ; les 2 responsables appellent « à  donner ensemble une réponse forte aux ambitions impérialistes de Bruxelles, à ses politiques économiques peu judicieuses et à ses initiatives pro-migrants».
  • Début mars 2025, c’est au tour de Viktor Orban et d’autres dirigeants de l’extrême droite européenne de se rendront dans le Loiret à l’invitation du RN de Marine Le Pen pour une «fête de la victoire» un an après les élections européennes.

Pour sa part, Jordan Bardella s’est rendu à la grande réunion des conservateurs de Budapest en 2022 pour participer au « concert des patriotes européens et américains ».

Avant les élections législatives d’avril 2026, le secrétaire d’État Marco Rubio s’est rendu à Budapest en février pour affirmer publiquement son soutien à Orbán, dans une conférence de presse conjointe devant une double rangée de drapeaux américains et hongrois.

Le lundi 23 mars, Marine Le Pen vient à Budapest apporter son soutien à son « ami » Viktor Orban, en vue des élections législatives du 12 avril 2026. « Viktor Orban dont l’intelligence, le courage et la vision font un dirigeant d’exception […] est non seulement un partenaire et un allié, mais aussi un ami (..…). Il est un visionnaire, et surtout un pionnier », a-t-elle lancé, en vantant « une Hongrie devenue un emblème de peuple fier ». Viktor Orban « défend les intérêts de la Hongrie », le remerciant de bloquer le prêt européen de 90 milliards d’euros à l’Ukraine, qui pourrait « ruiner » la France et faire « perdurer une guerre qui est une véritable boucherie humaine pour le plaisir de l’ego de quelques dirigeants ». Ceci dit, guerre en Iran oblige, Marine Le Pen a veillé à ne pas s’afficher, deux jours plus tôt, à la version hongroise de la Conférence d’action politique conservatrice (CPAC), le grand raout du mouvement conservateur états-unien piloté par la mouvance Maga (« Make America Great Again »).

Le chef du Parti pour la liberté néerlandais, Geert Wilders, la leader du Rassemblement national, Marine Le Pen, le premier ministre hongrois de l’époque, Viktor Orban, le vice-président du conseil italien, Matteo Salvini, lors du premier « rassemblement patriotique » au centre culturel Millenaris, à Budapest, le 23 mars 2026. MARTON MONUS / REUTERS

Dans sa campagne pour les législatives, Viktor Orban a également reçu les soutien de Santiago Abascal, le chef du parti espagnol Vox, de Matteo Salvini, le chef de la Ligue italienne, ministre du gouvernement de Giorgia Meloni, et du Néerlandais Geert Wilders. J.D. Vance est venu en personne lui apporter son soutien. Il a reçu la visite du président argentin, Javier Milei, une autre figure de l’internationale de l’extrême droite, et des vidéos de soutien de Donald Trump et du premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou.

Voici quelques extraits du discours de J.D Vance : « Je tenais à envoyer un signal à tout le monde, en particulier aux bureaucrates de Bruxelles qui ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour freiner le peuple hongrois parce qu’ils n’aiment pas le dirigeant qui a réellement pris la défense du peuple hongrois ». Alors que l’on sait que la Hongrie dépend à 90% du gaz et du pétrole russe et qu’elle refuse d’appliquer l’embargo décrété par l’UE, il déclare : « Je pense donc que Viktor a été un excellent exemple et qu’il a tracé une voie qui pourrait mener à une Europe meilleure, plus prospère et plus sûre sur le plan énergétique ».

« Ce que les États-Unis et la Hongrie représentent ensemble, (…) c’est la défense de la civilisation occidentale, la défense de l’idée que les enfants devraient pouvoir aller à l’école et recevoir une éducation sans être endoctrinés, la défense de l’idée que les familles européennes et américaines devraient pouvoir se déplacer et avoir les moyens de chauffer et de climatiser leurs maisons, la défense de l’idée que nous sommes fondés sur une certaine civilisation chrétienne et des valeurs chrétiennes qui animent tout — de la liberté d’expression à l’État de droit, en passant par le respect des droits des minorités et la protection des plus vulnérables ».

« Les deux dirigeants qui ont probablement le plus œuvré pour mettre fin à ce conflit destructeur  [la guerre en Ukraine] sont Donald J. Trump et Viktor Orbán en Hongrie. Et ils l’ont fait par la diplomatie, en dialoguant avec les gens, en essayant de comprendre ce dont les Ukrainiens et les Russes ont besoin pour mettre fin à la guerre ».

La fin d’Orban

En février 2024, la Hongrie est plongée dans l’une des premières crises politiques sérieuses de l’ère Orbán. Une affaire de grâce présidentielle accordée à un pédocriminel secoue le pouvoir et pousse à la démission deux figures du Fidesz. Le 10 février, Péter Magyar publie un post sur Facebook, dénonçant «les vrais coupables qui se cachent derrière les jupes des femmes». Le lendemain, il donne une interview à la chaîne Youtube Partizan où il critique l’enrichissement indu des proches de Viktor Orbán et le système mafieux qui ronge le pays. Il claquer la porte du parti. Un mois après, il réunit une foule à Budapest et annonce le lancement de son parti, le Tisza.

Le dimanche 12 avril 2026, aux élections législatives, les Hongrois ont rejeté le Fidesz de Victor Orban et donné une large majorité au parti Tisza de Péter Magyar, qui remporte remporté 135 sièges au Parlement sur 199[5]. Il faut cependant regarder cette victoire avec lucidité. Les électeurs ont rejeté surtout la corruption avérée du régime et l’inflation. La victoire de Péter Magyar représente une alternance, non une rupture idéologique. La principale différence concerne l’attitude vis-à-vis de l’UE, le nouveau Premier ministre souhaitant avoir de meilleurs relations avec l’Europe – il est vrai que la Hongrie a un besoin urgent des contributions de l’UE qui sont actuellement gelées. Il a annoncé que la Hongrie rejoindra le Parquet européen (EPPO), qui est compétent pour enquêter sur les fraudes aux fonds communautaires. Péter Magyar entend également restaurer l’Etat de droit. Il a appelé à la démission immédiate de l’ensemble de l’appareil judiciaire et institutionnel nommé par Orban : le président de la Curie, le procureur général, le président de la Cour constitutionnelle, le président de la Cour des comptes, le président de l’Autorité des médias et même le président de la République. Mais le programme de Tisza reste marqué par le nationalisme. Sur l’immigration, ses positions sont plus strictes que celles d’Orbán selon plusieurs analystes. Il a affirmé enfin que la Hongrie ne bloquera plus le prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine, mais elle ne participera pas à ce prêt, ne livrera toujours pas d’armes aux soldats ukrainiens, continuera de s’approvisionner en pétrole et en gaz auprès de la Russie.

Après la défaite d’Orban aux élections législatives, Jordan Bardella l’a qualifié de « grand patriote », qui a « promu des politiques familiales qui ont permis de protéger la natalité[6], et [qui a] défendu les frontières de son pays et de l’Europe face aux flux migratoires ». Jordan Bardella a souligné que le succès de Péter Magyar « avait été accueilli respectueusement par Viktor Orban, [ce qui] démontre que les accusations incessantes des institutions européennes ces dernières années contre la démocratie hongroise étaient infondées ».

Au sein de l’extrême droite, des avis divergeant se sont exprimés. L’ancien patron du Front national de la jeunesse (FNJ), Julien Rochedy, propagateur en France des idées des néo-réactionnaires américains, voit dans la victoire de Péter Magyar « une bonne nouvelle ». Selon lui, cette dernière montre que l’extrême droite n’a « plus besoin » d’en passer par le « populo-nationalisme ». « C’est au tour d’une droite libérale-conservatrice sérieuse et respectable de porter nos idées », s’est-il réjoui sur X.


[1] Voir Amélie Poinsot, Viktor Orbán la chute d’un système qui a fait école, https://www.mediapart.fr/journal/international/130426/viktor-orban-la-chute-d-un-systeme-qui-fait-ecole

[2] https://legrandcontinent.eu/fr/2025/03/25/changement-de-regime-le-texte-integral-du-rapport-soutenu-par-les-cercles-pro-trump-pour-subvertir-lunion/ On peut se demander pourquoi un tel texte est destiné à Washington…

[3] https://www.cvce.eu/obj/le_manifeste_de_ventotene_1941-fr-316aa96c-e7ff-4b9e-b43a-958e96afbecc.html

[4] Voir page XX.

[5] Le système électoral hongrois comprend une composante majoritaire et une composante proportionnelle. Une majorité des deux tiers des sièges est nécessaire pour procéder à des réformes constitutionnelles.

[6] Ce qui est une contre-vérité flagrante, le taux de fécondité de 1,39 entre janvier et octobre 2024 s’étant réduit à 1,31 sur la même période en 2025.

Le présent article fait partie d’un dossier qui comprend 8 articles :

  • Le RN et les Etats-Unis de Trump (1/8).
  • L’extrême droite américaine et le RN (2/8).
  • Le RN et la Russie de Poutine (3/8).
  • Le RN et l’Union Européenne (4/8).
  • Le RN et la Hongrie d’Orban (5/8)
  • Meloni, une alliée encombrante ? (6/8).
  • La supériorité du droit national sur le droit international (7/8).
  • En concluant sur le renversement des alliances (8/8).

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