Soutien à la grève de Radio France contre l’extrême droite

Une grève de 2 jours a commencé le 13 septembre  à Radio France. Le communiqué diffusé à l’antenne en explicite l’origine : « En raison d’un appel à la grève déposé par l’ensemble des organisations syndicales représentatives de Radio France demandant le retrait de l’antenne de France Inter d’un édito politique assuré par le Directeur adjoint de Valeurs Actuelles [Charles Sapin], nous ne sommes pas en mesure de diffuser l’intégralité de nos programmes habituels. Nous vous prions de nous en excuser ».

Ce communiqué est intéressant : les syndicats s’opposent à la présence sur l’antenne d’un représentant de l’extrême droite. Ils ne disent pas que le pluralisme ne serait plus respecté avec l’arrivée sur l’antenne de Charles Sapin. Il s’opposent à la présence d’un éditorialiste d’extrême droite, parce qu’il est d’extrême droite.

Aussitôt certains journalistes, mais surtout des commentateurs proches de l’extrême droite, ont crié leur indignation vis-à-vis d’une « atteinte au pluralisme » et à la démocratie. Il y a de quoi s’étonner :

  • Comment osent-ils se poser en défenseur du pluralisme[1] alors que l’on assiste à une puissante offensive de l’extrême droite pour mettre la main sur les radios et les télévisions. C’est déjà fait avec Canal+, CNews, Europe 1 ou Sud Radio. Et, le moins que l’on puisse dire, c’est que l’extrême droite devient de plus en plus présente sur les antennes de BFM (Sonia Mabrouk[2], Robert Ménard…), de LCI (Robert Ménard et une présence quasi permanente d’élus du RN), voire de France Info (Charles Sapin a été choisi pour participer à un débat chaque dimanche). Dans un communiqué publié le 14 septembre, Robert Ménard, qui va de plateau de télévision et plateau de télévision affirme : « Le SNJ et la CGT n’ont pas compris que leur époque est révolue. Ils n’ont pas compris que ce qui fait la beauté et la grandeur du métier de journaliste, c’est justement de permettre à toutes les opinions d’avoir la possibilité de s’exprimer ». La galaxie Bolloré à elle seule montre cette emprise, qui touche aussi la presse écrite :
  • Par ailleurs, ces bonnes âmes font mine d’oublier les condamnations de Valeurs Actuelles pour provocation à la haine raciale ou injure raciste, notamment pour une Une présentant Danièle Obono en esclave enchaînée. «Valeurs actuelles est l’héritier d’une longue et sombre tradition, celle de la presse d’extrême droite française, avec ses méthodes et ses haines (…), a largement contribué (…) à la violente campagne de désinformation et de dénigrement dirigée contre l’audiovisuel public», déclarent le 10 septembre les syndicats CGT, CFDT et SNJ de France Télévision[3].
  • Charline Vanhoenacker, sur l’antenne de France Inter, a posé ainsi la question du pluralisme : «Si c’est répartir la parole entre un journal qui n’a jamais été condamné à une provocation à la haine, par exemple, et un journal qui a déjà été condamné, prévenez-moi. Parce que dans ce cas, si jamais on retrouve Xavier Dupont de Ligonnès, eh bien on lui confie la présentation d’Affaires sensibles ». Renaud Dalmar, délégué CFDT, déclare pour sa part :«Nous ne serons pas la seringue qui injecte le poison dans la pensée des auditeurs de Radio France »[4].

Cette grève est clairement une grève contre l’extrême droite. Nous lui apportons notre soutien.


[1] La direction de Radio France invoque également le pluralisme pour justifier le recrutement de Charles Sapin.

[2] En une semaine, les syndicats de BFM ont publié 2 communiqués s’étonnant de la composition des invités dans ses émissions, pointant notamment une interview de 45 minutes accordée le 7 septembre à Sarah Knafo, du parti Reconquête !, durant laquelle elle a pu développer longuement son opposition entre Français « de souche » et Français « de branche » sans qu’aucune contradiction.

[3] Libération, 12 septembre 2026.

[4] Libération, 13 septembre 2026.

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