Le 29 juillet dernier, un arrêté d’expulsion, complété par un gel de ses avoirs, a été pris à l’encontre de Ksenia Borchik, dite Xenia Fedorova, agent d’influence de Poutine, et cadre du groupe Bolloré. Le 3 août, le tribunal administratif de Paris a rejeté le recours en référé-liberté de Fedorova qui se trouve maintenant en Russie. Ces deux décisions constituent un succès notable et prometteur pour les opposants à l’extrême droite et au totalitarisme poutinien.
Nous avons connu suffisamment de déboires et de défaites dans la lutte contre l’extrême droite pour ne pas cacher aujourd’hui notre satisfaction à la publication de ces deux arrêtés. Ces décisions sont exemplaires, parce que parfaitement appropriées et d’une grande portée.
Intelligences avec une puissance étrangère
Commençons par clarifier la question de la « liberté d’expression ». Car c’est au nom de cette liberté d’expression que les patrons du groupe Bolloré, tels Smadja, les partenaires ou les débiteurs de l’homme d’affaires, tels Villiers, ont fait ou font bloc autour de la Fedorova.
La tentative est grossière. Elle tente d’accréditer l’idée d’une atteinte aux libertés pour camoufler que la question véritablement posée est celle de la relation de l’extrême droite, et notamment du réseau Bolloré, avec la Russie de Poutine.
Sur le plan juridique, les décisions prises contre Fedorova ne sont pas justifiées par des atteintes à la liberté d’expression (telles que la diffamation, le dénigrement, les opinions racistes ou négationnistes) au demeurant définies de manière limitative en droit français. Comme l’a indiqué le ministre de l’Intérieur, elles sont fondées sur des « atteintes aux intérêts fondamentaux de la nation ». Bien que nous n’ayons pas eu accès à l’arrêté d’expulsion, la formule retenue par L. Nunès, fait référence au Livre IV du Code Pénal, dont il est intéressant de donner les grands intitulés :
Titre Ier : Des atteintes aux intérêts fondamentaux de la nation (Articles 410-1 à 414-9)
Chapitre Ier : De la trahison et de l’espionnage (Articles 411-1 à 411-12)
Section 2 : Des intelligences avec une puissance étrangère (Articles 411-4 à 411-5)
L’article visé est le 411-5 qui dispose :
« Le fait d’entretenir des intelligences avec une puissance étrangère, avec une entreprise ou organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou avec leurs agents, lorsqu’il est de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation, est puni de dix ans d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende. »
Comme on le voit, le centre juridique de l’affaire Fedorova n’est pas l’expression d’une opinion que l’Etat voudrait censurer, mais l’intelligence (« les intelligences », c’est-à-dire les relations explicites) avec une puissance étrangère. C’est pourquoi l’arrêté insiste sur la « diffusion d’un discours de désinformation et de déstabilisation », en dénonçant Fedorova comme un « relais » direct des campagnes de désinformation « pilotées » par le Kremlin. Il n’est pas interdit en France d’exprimer une opinion défavorable au soutien à l’Ukraine. Mais il est interdit d’avoir des intelligences avec la Russie, de se comporter en relais d’un état étranger, de reprendre systématiquement ses campagnes, d’être un maillon de sa propagande.
Bref, ce qu’ouvre l’accusation d’atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation, c’est le dossier « Ingérence de la Russie ».
Ingérence et hostilité de la Russie poutinienne contre la France
Quittons maintenant l’approche juridique pour examiner les choses directement, dans une perspective politique.
L’affaire Fedorova est donc celle des relations entre la Russie de Poutine et le groupe Bolloré.
Du côté russe, il s’agit d’une ingérence. Mais toutes les ingérences d’état étranger ne se valent pas. On a vu qu’en droit sont condamnées les ingérences qui « portent atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ». D’un point de vue politique, on constate que bien des états ont des agents d’influence sur le sol français dont l’activité est connue et tolérée jusqu’à un certain point parce que ces états sont des alliés, des « amis » de la France, ou des puissances neutres. La réciproque est vraie.
Le cas de la Russie poutinienne est très différent. Elle combine un haut niveau d’ingérence et une hostilité croissante contre la France.
La tradition d’espionnage de l’état russe en Europe est traditionnelle au point qu’on pourrait parler d’atavisme. Elle existait dès l’époque des tsars, et a eu son heure de gloire avec le Komintern (l’Internationale Communiste) et le Kominform. L’activité d’influence du régime poutinien est spécifique, mais elle tend à devenir aussi intense et dangereuse qu’aux époques léniniste, stalinienne et brejnévienne. L’ingérence russe est pour ainsi dire consubstantielle aux conceptions impérialistes du poutinisme.
La guerre psychologique menée par le pouvoir poutinien n’est pas une simple activité d’accompagnement de ses guerres et autres opérations de puissance, armées ou non. Elle ne s’arrêterait pas si Poutine arrivait à détruire l’Etat ukrainien. Elle vise la soumission idéologique des nations européennes, et d’abord de leurs « élites », et l’éradication de l’héritage humaniste et démocratique de l’Europe, et de la France en particulier. Nous nous permettons de conseiller sur ce sujet le livre de Françoise Thom « La guerre totale de Vladimir Poutine » (AEBL 2026).
Sur le plan stratégique, l’hostilité de l’Etat russe à l’égard de la France et de l’Europe démocratique n’a cessé de croître au XXIème siècle. Elle est loin de se réduire à un état d’esprit, à un différend civilisationnel. Si les armées russes et françaises ne se combattent pas directement, les deux puissances se situent bien dans les camps opposés, en Ukraine comme en Afrique. La Russie est bien le premier adversaire stratégique de la France, situation que son alliance réitérée avec la Chine de Xi ne peut que renforcer.
D’ores et déjà, les poutiniens mènent sur le territoire français une guerre hybride comprenant des actions de sabotage, des opérations de manipulation comme les mains rouges sur le Mémorial de la Shoah, l’utilisation de drones pour survoler des espaces sensibles, et l’emploi de tous les moyens de la guerre psychologique.
Selon le Monde, la dernière enquête conduite par la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), le contre-espionnage français, vise un individu accusé d’avoir préparé la destruction à l’explosif d’un transformateur de la SNCF servant à réguler le trafic.
Cette guerre hybride n’a fait que se renforcer depuis l’agression contre l’Ukraine en 2022.
Les opérations d’influence du type de celle conduite par Fedorova pourraient n’être rien d’autre qu’un des volets informationnels de cette guerre psychologique hybride. En réalité elles en sont le centre.
Fedorova au centre de l’ingérence russe en France
Dans une première vie, au début des années 2000, Fedorova et son frère ont travaillé pour la filiale russe du groupe danois Mersk, l’un des géants du transport maritime. Iouri Izotov de Memorial, qui révèle ce point sur Desk Russie, rappelle que ce secteur n’était pas non plus étranger à Vincent Bolloré, avant son tournant vers les médias. Izotov conseille d’explorer cette convergence biographique.
Avant de rejoindre Paris en 2017, elle travaille à Berlin au sein de l’agence de presse russe Ruptly, ce qui lui vaudra plus tard – en 2024 – d’être interdite d’entrée sur le territoire allemand. Ses activités à Berlin n’ont -semble-t-il – pas été repérées par les services français qui lui accordent en avril 2017 un « passeport talent ». A son arrivée sur le sol français, elle est nommée à la tête de l’antenne française de la chaine d’état russe Russia Today que préside Simonian, une des principales propagandistes du Kremlin. A l’invasion de l’Ukraine par la Russie, fin février 2022, Russia Today est interdit par les autorités européennes. RT France doit fermer. Mais Iouri Izotov révèle que « Xenia Fedorova a continué à figurer dans les effectifs de l’organisation non commerciale autonome de droit russe TV-Novosti, la maison mère de RT, jusqu’au 31 août 2024, soit plus de deux ans et demi après l’interdiction des médias RT dans l’Union européenne ».
Il semble que les premiers contacts avec Bolloré remontent à 2023. Elle devient rapidement sa protégée, ce qu’elle avoue dans les remerciements des épreuves non corrigées de son livre « Bannie ». Bolloré l’impose dans ses médias ; quoique non-journaliste, elle obtient rapidement son rond-de-serviette sur C.News, Europe 1, et dans une chronique du JDNews.
En 2025, les interventions de Fedorova relèvent de plus en plus visiblement de l’ingérence.
Début 2026, elle critique les voyages à Kiev de Bruno Retailleau et Edgar Philippe qui démontreraient leur alignement sur les positions de Macron. Philippe n’hésite pas à la dénoncer sur France Inter, mettant en cause les médias qui l’emploient, et, sans le nommer, leur propriétaire.
Dans un article retentissant, paru dans Le Monde en mai 2026, Ariane Chemin et Ivane Trippenbach révèlent sa participation au premier déjeuner du très réactionnaire « Institut de l’espérance », club d’idées présidé par Bolloré lui-même, qui se voudrait une sorte de Siècle catholique, réunissant d’éminents intellectuels de la galaxie, comme Christine Kelly, des généraux, un évêque « en vue », un conseiller de Bardella. Malheureusement, Anne Genevard, la ministre de l’Agriculture, a trouvé nécessaire de participer à ce travail de réflexion « privé » passablement anti-gouvernemental, et explicitement situé dans la perspective des élections de 2027, d’où convocation par le Premier ministre, et dénonciation des positions de Fedorova par la porte-parole du gouvernement.
Le 14 juillet 2026, elle dénonce la participation au défilé de soldats représentant la « coalition des volontaires » soutenant l’Ukraine, la qualifiant d’alignement stratégique sur les Ukrainiens.
Le 29 juillet, elle est déclarée indésirable en France.
Bolloré promu agent d’influence n°1 du Kremlin
Entre Bolloré et Fedorova, la relation est simple : elle manipule, il est manipulé.
A la fin de notre brève du 28 mai dernier, nous écrivions : « Il pourrait y avoir une nouvelle affaire Fedorova et elle soulèverait bien des questions ». Nous y sommes.
En 2022, avec l’interdiction de Russia Today, Fedorova perd la plate-forme de propagande que l’appareil poutinien lui avait confié. Ses moyens sont considérablement diminués : un salaire maintenu par TV-Novosti, un appartement parisien, des contacts avec les médias dans les bars des grands hôtels, les relations historiques avec tous les complices de la Russie, partisans de l’apaisement, pseudo-souverainistes, « réalistes », conférenciers et experts corrompus de longue date. La routine, le creux de la vague.
En 2026, elle s’est refait un petit empire : présente et bien présente, sur une chaine TV privée, sur une radio, chroniqueuse dans un hebdomadaire, bien introduite dans les milieux de l’édition, bientôt conseillère politique.
Sur le plan financier, l’opération est brillante : il n’est plus nécessaire d’activer les fonds secrets russes pour susciter des ralliements, obtenir des actes de propagande, mener campagne contre le gouvernement. C’est Oncle Bolloré qui paie, c’est lui qui, déjà devenu le principal caissier de l’extrême droite, se charge maintenant de faciliter les opérations de la dame.
La 11ème fortune de France n’est peut-être pas open bar pour les services secrets russes. Mais le milliardaire met tout de même les ressources de son empire médiatique au service de Fedorova. Car Bolloré n’est pas seulement l’acteur central des médias français. C’est aussi un homme qui veut infléchir la politique française, peser sur les décisions gouvernementales, transformer l’atmosphère idéologique et culturelle du pays.
Or la situation est particulièrement adaptée à une telle tactique. La politique de dé-diabolisation adoptée par Marine Le Pen s’est traduite par une extériorisation par le RN des activités idéologiques, comme Francis Linart l’explique dans son article sur Faire-Face « Petite histoire de la dé-diabolisation ». Traditionnellement, les partis d’extrême droite sont des partis fortement idéologiques, dans le double sens de partis dogmatiques, et de partis fortement impliqués dans la lutte idéologique. Par exemple, l’Action Française, seul parti d’extrême droite proche du RN par sa taille et sa longévité, a publié un quotidien éponyme de 1908 à 1944, date de son interdiction pour collaborationnisme. Par contraste, le RN de Marine Le Pen, tout à son effort de se démarquer du FN de son père, se prête à une sorte d’abstinence idéologique. Les militants doivent trouver leur pitance à l’extérieur du parti, chez Sautarel, Soral, De Villiers, Le Gallou, ou Camus, Alain de Benoist, pour les plus intellectuels. Il faut compter aussi avec les groupes et groupuscules d’extrême droite, Zemmour et Reconquête, Couteaux et son SIEL, Philippot et les Patriotes, Dupont Aignan et Sauver la France, notamment. Cette nébuleuse, dont les membres auront plutôt tendance à se fédérer en 2022 autour de Zemmour, est pro-russe à un degré ou un autre. Même Renaud Camus, qui passe pour pro-Ukrainien, soutient le retour de la Crimée et des zones russophones à la Russie.
On voit bien quel profit Xenia Fedorova avait tiré de sa coopération-manipulation avec Bolloré. Du côté Bolloré, sans examiner l’hypothèse d’une faiblesse coupable, il semble qu’il était à la recherche d’un « dog-whistler » (un « siffleur de chiens »), un conseiller capable aussi de l’assister dans la mise en œuvre de son projet politique, après l’épisode, jugé par lui décevant, de Zemmour. L’affaire Olivier Nora a montré que ses adjoints industriels n’avaient ni la consistance ni la finesse tactique nécessaires. Ils ont laissé s’allumer une bataille sur le front culturel que rien ne laissait prévoir, et qui tombe on ne peut plus mal dans la phase de campagne électorale. Finalement plusieurs questions se posent.
1° Bolloré a été contaminé par l’opération d’ingérence menée de main de maitre par Fedorova. Avec la Russie poutinienne, il partage une certaine vision « civilisationnelle » et une idéologie d’extrême droite. Ses médias servent la politique étrangère russe. Ils entravent le soutien français à l’Ukraine. Jusqu’où veut-il s’engager ? Jusqu’où peut-il aller dans la direction d’une collaboration active et explicite avec Poutine, supposant une intégration au dispositif russe ? Oncle Bolloré est-il prêt à muter pour devenir « Notre Bollorine » ?
2° Fedorova a manifestement été trop loin. Cette erreur, qui peut faire perdre à la Russie une partie des situations avantageuses gagnées en France, est peut-être due à un sentiment d’impunité, de toute puissance. On sait qu’une grande partie des dirigeants russes, mais c’est vrai aussi pour les chinois et les américains, ont un profond mépris pour leurs homologues européens. Les maffieux et les bureaucrates russes s’illusionnent en reprenant la célèbre phrase de Lénine sur les capitalistes « Ils nous vendront même la corde pour les pendre ». Les poutiniens – notamment le courant slavophile – ont la même vision de Paris que leurs prédécesseurs communistes, et d’autres mouvements aussi sympathiques que les nazis ou, récemment, les djihadistes de Daesh : une nouvelle Babylone, décadente, dissolue, irresponsable, toujours prête à se prostituer. Il est possible aussi, les deux hypothèses ne sont pas contradictoires, que Fedorova ait eu la mission explicite, caractéristique des services secrets, de tester les limites du système médiatique et gouvernemental français, par une montée aux extrêmes dans les provocations.
3° Après la fuite de Fedorova, la suspicion pèse maintenant sur les fines équipes de Bolloré. En bonne logique, puisqu’il ne s’agit pas d’« expression », laquelle pourrait être considérée comme individuelle, mais d’atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation, d’intelligence avec une puissance étrangère, la question des relations, c’est-à-dire de la complicité avec les services russes, se trouve posée. C’est le polar de l’été : sueurs froides à La Baule, en Corse et en Sardaigne. Qui est la nouvelle taupe ?
Un succès des opposants à Poutine et à l’extrême droite
Quoi qu’il en soit, le deuxième épisode de l’affaire Fedorova (après Russia Today-l’interdiction, Bolloré-l’expulsion) s’achève sous nos yeux.
Et incontestablement il marque le succès des opposants à l’’extrême droite et à Poutine et de leur mobilisation. Il nous semble intéressant de donner quelques repères sur cette mobilisation.
Dès avril 2025, plusieurs associations de soutien à l’Ukraine manifestent contre la présence de Fedorova au Salon du livre de Paris, où elle est venue faire la promotion de son livre « Bannie » publié par Fayard en mars. Fedorova s’y présente comme une victime après l’interdiction de Russia Today. Il s’agit des associations suivantes : « Pour l’Ukraine, leur liberté et la nôtre », « Russie-Libertés », « Comité Diderot », « Kalyna », « Comité français du Réseau européen de Solidarité avec l’Ukraine », « Ukraine Comb’Art », « Mémorial 98 ».
Un jeune chercheur, Maxime Audinet, avait publié, en 2024, une nouvelle édition de son étude « Russia Today » initialement parue en 2021, sous le titre « Un media d’influence d’Etat. Enquête sur la chaîne russe RT ». Attaqué en justice par Russia Today et Xenia Fedorova, il est relaxé en 2025.
Certains journalistes de la presse écrite vont jouer un rôle important dans cette mobilisation. Citons : Yann Barte, dans Franc-tireur (dès le 26 février 2025, et le 20 mai 2026), Simon Blin dans Libération (5 mars 2025), Isabelle Mandraud dans Le Monde (26 mars 2025), Yunnes Abzouz, Alexandre Berteau, David Perrotin et Matthieu Suc dans Mediapart (31 mai 2026), Anne-Sophie Mercier dans Le Canard enchaîné (10 juin 2026), Cyril Amoursky dans Franc-Tireur (17 juin 2026). Nous avons déjà évoqué l’article d’Ariane Chemin et Ivanne Trippenbach dans Le Monde du 26 mai 2026 qui, notamment, révèle la présence de Fedorova à une réunion du think tank de Bolloré. Elles reviennent sur l’expulsion le 31 juillet 2026.
En juin 2026, le site Desk Russie publie un dossier sur Fedorova constitué par Iouri Izotov et Vincent Laloy, auquel notre article doit beaucoup. Une tribune collective intitulée « Notre élection présidentielle n’est pas un théâtre d’opérations » est signée, le 21 juin, par huit rédacteurs de Desk Russie : elle appelle à réexaminer le droit de séjour en France de Xenia Fedorova.
Parmi les politiques, nettement moins mobilisés, on peut citer Raphaël Glucksmann et Sacha Houlié (Place publique), Marine Tondelier (Les Ecologistes), Nathalie Loiseau (Horizons – Renew). Cette dernière est à l’origine d’une résolution adoptée le 18 juin par le Parlement européen demandant la mise sous sanctions européennes de Xenia Fedorova. Le député PS Arthur Delaporte arrive à piéger la chaîne bolloriste CNews : après leur avoir indiqué qu’il va poser une question sur les « violences », il s’adresse au gouvernement à propos de Fedorova, la chaîne reprenant le début de son intervention.
Les dirigeants des maisons d’édition du groupe Bolloré ne manquent pas d’apporter courageusement leur soutien à leur collègue Fedorova et à la liberté d’expression si clairement menacée par le gouvernement Lecornu. Lise Boëll, PDG de Fayard et éditrice de la propagandiste russe, se signale par d’opportunes déclarations d’amitié avec Fedorova. D’après le Monde du 31 juillet, seule Eliane Calmann Levy parmi les patrons des maisons du groupe Bolloré, ose déclarer qu’elle considèrerait l’expulsion de Xenia Fedorova comme « parfaitement justifiée ».
Du côté des soutiens à Fedorova, les voix se font rares au-delà des dirigeants de la « bollosphère », et plus discrètes qu’en 2022 : Villiers dans le JDD, Mariani, Philippot, Collard, Eric Tegnèr, de Frontières, Riposte laïque, l’extrême droite dans le désordre. Début juin, Villiers avait suggéré, évidemment sur la chaine bolloréenne CNews, d’expulser Glucksmann, puisqu’il était un soutien de Volodymyr Zelensky.
Le Parti communiste qui s’était opposé à l’interdiction de Russia Today reste prudent.
C’est aussi la position de LFI…et du RN. En ce qui concerne le mouvement d’extrême droite, après qu’un de ses porte-parole (Thomas Ménagé) ait déclaré que « cette dame » remplissait « les conditions pour être expulsée », ni Marine Le Pen, ni Jordan Bardella ne se sont exprimés.
Il nous a semblé intéressant de dresser ce tableau parce qu’il révèle deux informations importantes sur l’opinion publique et sur le rapport de force actuel avec l’extrême droite.
En premier lieu, contrairement à ce que s’imaginent les Zemmour, Villiers, Praud et autres, l’opinion publique est loin de gober tout cru les « methoditchki » (consignes éditoriales) du Kremlin ou autres « éléments de langage » de la Bollosphère. En particulier, les Français ne pensent pas que les journalistes seraient persécutés en France et libres en Russie. Et ils ont plutôt tendance à penser que la Russie a indûment agressé l’Ukraine, et non pas qu’elle avait des raisons valables.
Selon un sondage pour Le Huffington Post, 44 % des Français soutiendraient l’expulsion, tandis que seulement 23 % y sont opposés, et 33 % n’ont pas d’opinion. Les électeurs du RN sont plus nombreux à s’opposer à cette décision : 38%.
Autrement dit, pour le moment en tout cas, le mélange des arguments poutiniens avec la propagande d’extrême droite, sous la forme d’une micro-idéologie bolloriste, dont CNews est le parangon, est considéré comme indigeste par l’opinion publique, et à même d’affaiblir l’extrême droite, en particulier le RN qui préfère donc reculer de quelques pas.
Deuxième point : le rapport de force. Ce deuxième épisode de l’affaire Fedorova montre que la lutte d’idées mérite d’être menée. Ce sont des minorités actives, des individus courageux, et un très petit nombre d’institutions qui ont mené et remporté ce combat. On a même pu croire un moment que le pouvoir reculerait devant la décision. Mais la politique d’apaisement à l’égard de Bolloré et Poutine était devenue intenable.
Et il est indéniable que la résistance des milieux culturels à l’emprise du système Bolloré autour de l’affaire Olivier Nora a dégradé dans l’opinion publique en général l’image de l’homme d’affaires d’extrême droite.
Depuis son lancement, Faire Face insiste sur l’importance primordiale de la dimension internationale pour la prochaine élection présidentielle.
C’est vrai pour les relations entre états. La résistance ukrainienne affaiblit les positions du système poutinien, principal soutien de l’extrême droite en France et en Europe. Réciproquement, empêcher le RN d’arriver au pouvoir en 2027, c’est le meilleur moyen pour les démocrates français de faire reculer Poutine, et de soutenir l’Ukraine. En France, le parti de l’étranger, et même le parti de l’ennemi, c’est l’extrême droite.
La dimension internationale est importante aussi pour le conflit idéologique. Dénoncer et combattre les ingérences idéologiques et pratiques, non seulement des poutiniens mais aussi des nouveaux réactionnaires américains, est un des moyens importants de faire reculer l’extrême droite.
La dénonciation des ingérences des états, russe et américain, et des partis au pouvoir dans ces deux pays, dans la campagne présidentielle française, est impérative. Elle doit faire l’objet de l’unité démocratique la plus large.
Un succès a été remporté dans cette direction avec l’expulsion de Xenia Fedorova.
SOURCES
[Les liens ci-dessous donnent accès à des articles complets]
Mobilisation contre la venue de Fedorova au salon du livre 2025
https://desk-russie.eu/2026/06/21/xenia-fedorova-la-porte-voix-inconditionnelle-de-moscou.html
Vincent Laloy : qui soutient Fedorova
https://desk-russie.eu/2026/06/21/lumiere-sur-xenia-fedorova.html
Iouri Izotov : révélations sur Fedorova
https://desk-russie.eu/2026/06/21/notre-election-presidentielle-nest-pas-un-theatre-doperations.html
Tribune collective de Desk Russie
Le Ministère des affaires étrangères sur Fedorova « une propagandiste diffusant activement de la désinformation pour le Kremlin »
Francis Linart : histoire de la dé-diabolisation du RN
Laurent Delmas : Le RN et le renversement des alliances, un parti de l’étranger ?
Position du RN après l’expulsion
Villiers fait un parallèle entre Glucksmann et Fedorova
Soutien de Philippot à Fedorova
Soutien de Collard à Fedorova
Sondage : les Français soutiennent l’expulsion








