Situation de la campagne présidentielle d’après les sondages

Comme chaque mois, les lecteurs trouveront ici l’essentiel de ce que disent les sondages récents sur les élections présidentielles de 2027, et la reprise des résultats des mois précédents.

Les sondages ont été nombreux en octobre et les résultats ont sensiblement évolué comme nous en avions évoqué la possibilité dans la « brève » du 10 octobre. Aussi essayons nous, dans cet article, pour la première fois, de proposer une analyse plus approfondie de l’évolution de l’opinion publique dans la campagne présidentielle au début du mois de novembre 2026.

Voyons d’abord les résultats

Premier tour (11 nouveaux sondages)

Les résultats et les origines sont donnés de la date la plus récente à la plus ancienne, de gauche à droite.

Lire : Mélenchon obtiendrait 16% dans les sondages Ifop du 12-14 octobre, et du 25-29 septembre, Opinion Way du 2-3 septembre, Elabe du 9-10 juillet et Harris du 7-8 juillet.

Deuxième tour (8 nouveaux sondages)

Commentaires des résultats

Rappelons que notre présentation repose sur le suivi de cinq candidats au sein de la même élection: Mélenchon, Glucksmann, Philippe, Retailleau, Le Pen (Les remarques de méthode sont données plus bas en annexe).

Historique : jusqu’au 9 septembre

Jusqu’au 6-9 septembre, deux candidats et deux candidats seulement, Le Pen et Philippe, atteignaient le deuxième tour dans le scénario retenu ici. Marine Le Pen dominait déjà largement le premier tour, étant évaluée de 30 à 37%. Elle distançait nettement Edouard Philippe, avec des écarts de 14 à 22 points.

Le binôme Le Pen/Philippe était confirmé par les sondages de deuxième tour où Edouard Philippe obtenait les meilleurs résultats face à Marine Le Pen. Il faut cependant souligner qu’en 2025, et jusqu’à un rare sondage de mars 2026, Edouard Philippe avait été donné comme l’emportant au second tour. On constate un tournant dès la fin mai dans les sondages deuxième tour. Depuis, c’est systématiquement Marine Le Pen qui est donnée gagnante, quel que soit d’ailleurs le candidat qui lui est opposé. Edouard Philippe, quant à lui, est mesuré entre 43 et 49%, soit 2 à 14 points de différence avec Marine Le Pen

Comme nous l’avions indiqué, l’hypothèse d’un deuxième tour Le Pen contre Mélenchon, qui dominait le premier tour à gauche, n’était jamais apparue dans ce scénario « cinq candidats », que nous prenons comme scénario de référence. Jean Luc Mélenchon n’atteignait le deuxième tour que dans deux autres cas de figure : absence de Philippe aux élections, présence concurrente d’Attal et de Philippe.

La situation au début de septembre, du point de vue des sondages, était donc caractérisée par trois points : la domination de Marine Le Pen au premier tour ; un deuxième tour Marine Le Pen / Edouard Philippe ; un décrochage de Philippe et l’avance de Marine Le Pen au deuxième tour.

Il est intéressant de remarquer que la présentation de la situation dans les médias a été bien différente. En général, elle s’est concentrée sur un hypothétique « affrontement RN / LFI », reprenant sans précaution, les éléments de langage des deux candidats et de leurs mouvements respectifs. Or ces éléments sont concordants.

Du côté LFI, il s’agit d’une rhétorique ancienne, remontant au moins à 2012 et à la tentative de Mélenchon de se faire élire à Hénin Beaumont face à Le Pen, qui s’est soldée par un fiasco. Depuis Mélenchon et LFI se gardent bien d’affronter l’extrême droite, ni sur le terrain, ni sur le plan idéologique. La dilution de la critique dans la théorie fumeuse de l’extrême droitisation, qui met sur le même plan le RN, la droite, les macroniens, le centre et même les gauches républicaine et démocrate, exonèrent les LFI des difficultés de l’opposition réelle à l’extrême droite. Ce n’est pas la reprise par Mélenchon du grand remplacement qui aidera ceux des membres de LFI sincèrement opposés à l’extrême droite.

Du côté du RN, les choses sont beaucoup moins tortueuses. Marine Le Pen aspire à ériger Mélenchon en opposition officielle, et d’abord pour une raison simplissime : il est le plus mauvais de ses opposants d’après les sondages et dans la réalité. Au deuxième tour, il obtenait en effet, jusqu’en septembre, de 30 à 39% des voix face à Marine Le Pen, quand Attal en obtenait de 43 à 49%, et Glucksmann, de 41 à 45%. Mélenchon présenterait aussi pour Le Pen un avantage tactique : il permet d’instiller une dose d’« union des droites », c’est-à-dire de fournir une justification à la soumission et au ralliement d’une nouvelle partie de la droite à l’extrême droite.

Historique : la transition de septembre

En septembre,la situation évolue sans qu’un nouveau rapport de forces se stabilise. Sur quatre sondages premier tour, Mélenchon dépasse Philippe deux fois, fait jeu égal une fois, et est dépassé par Philippe, une fois.

Il est donc justifié d’examiner son résultat au deuxième tour, face à Marine Le Pen. Il est inchangé, entre 31% à 33%.

Les résultats des sondages sont stables sur un certain nombre de points limités mais décisifs : la suprématie du RN au premier et deuxième tour ; la domination de Mélenchon à gauche. 

La seule nouveauté, mais elle est importante, est l’incertitude sur les positions respectives de Philippe et Mélenchon pour passer au deuxième tour.

Jusqu’alors, la présence de Mélenchon au deuxième tour reposait donc sur l’hypothèse d’une concurrence Philippe/Attal, c’est-à-dire d’une forte division de la droite et du centre droit au premier tour. Elle est peu probable : l’accord peut être difficile à négocier mais il devrait être trouvé.

Les choses sont évidemment différentes si Mélenchon est à même de passer Philippe en l’absence d’Attal.

La situation aujourd’hui, début novembre 26

Début novembre, la situation a sensiblement évolué.

Le seul point de stabilité est la confirmation de la domination de Marine Le Pen au premier et au deuxième tour. Au premier tour, les sondages l’évaluent de 31 à 37% en octobre, 32% dans le dernier sondage. Contrairement à certains commentaires, Le Pen ne progresse pas sensiblement en octobre ; ce sont ses concurrents qui régressent. Au deuxième tour, elle est évaluée de 52 à 57%, 56% dans le dernier sondage.

Derrière Le Pen, tout change, sans brutalité, mais nettement.

Le premier changement concerne la deuxième place qui est prise par Mélenchon à Philippe. Les médias ont peu insisté sur ce point parce qu’ils prétendaient que « le jeu était déjà installé » entre Le Pen et Mélenchon depuis mars ou avril. Mais c’est bien en septembre que ce tournant a été pris et il s’est manifesté en octobre. Sur l’ensemble du mois d’octobre, soit 15 séries, Philippe ne dépasse Mélenchon que deux fois, et fait match nul une fois. En moyenne sur le mois, Philippe a un point de retard sur Mélenchon.

Ce dépassement ne se retrouve pas dans les sondages de deuxième tour. Sur l’ensemble du mois d’octobre, Philippe a en moyenne presque dix points de retard sur Le Pen (exactement 9,62). Mélenchon en a presque 37 points (exactement 36,75). Dit autrement Philippe est proche des 45%, et Mélenchon entre 31 et 32%.

Un deuxième changement concerne Raphaël Glucksmann, dont la candidature est devenue officielle après qu’il a eu remporté la primaire socialiste le 11 octobre, et le rapport des forces au sein de la gauche. Glucksmann progresse et passe régulièrement les 10%. Il dépasse une fois Mélenchon et fait partie égale avec lui deux fois. Dans les scénarios que nous n’avons pas retenus, il profite de la division Attal / Philippe, comme Mélenchon. Il y a un sondage que les partisans de Glucksmann n’ont pas manqué de souligner : celui d’Opinion Way, le 13 et 14 octobre, où Philippe, Mélenchon et Glucksmann font tous 15%. Cependant, Glucksmann n’a pas encore atteint la situation où il peut prétendre contester à Mélenchon ni la deuxième place, ni la domination sur la gauche. Sur le mois d’octobre, il obtient en moyenne 13,17%, quand Mélenchon obtient 16,73%, soit 3,56 points d’écart.

Dans le deuxième tour, auquel Glucksmann n’accède pas pour le moment dans notre scénario, la situation est inverse. Il a été testé six fois dans une situation de second tour, c’est-à-dire face à Marine Le Pen, et il obtient, en moyenne, près de 44% des voix (43,91%). Mélenchon obtient, rappelons-le, entre 31 et 32%, soit 12 points de moins que Glucksmann.

Dernier changement important : l’effritement assez visible de la position de Bruno Retailleau qui n’a atteint qu’une seule fois les 10%, et qui, au mois d’octobre, est évalué de 4 à 8%. Il est donc peu probable, dans l’état des choses que Retailleau puisse atteindre le second tour. On constate, en particulier, qu’il est directement affecté par l’entrée en lices de David Lisnard. Celui-ci, dès le premier sondage le prenant en compte (Cluster 17, 14-15/10), a été évalué à 7%. Il a ensuite été évalué à 5,5%, 7%, et 6,5%. Lors de ces deux dernières évaluations, Retailleau a vu son score baisser à 4% et 5,5%. Autrement dit, ce choix est une véritable alternative : lorsque l’un monte, l’autre descend.

La situation globale début novembre, telle que les sondages en rendent compte, pourrait être décrite de la manière suivante : stabilité de la domination de Marine Le Pen au premier et au deuxième tour ; trois candidats sérieux pour le passage au second tour, et dans ce nouvel ordre : Mélenchon, Philippe, Glucksmann ; Mélenchon, le mieux placé, et une position stable, mais le plus mauvais candidat, et de loin, au deuxième tour ; Philippe, à une petite distance de Mélenchon mais sur une pente déclinante ; le meilleur deuxième candidat au deuxième tour, sans être en position de l’emporter ; Glucksmann, en challenger de Mélenchon, mais encore distancé ; enfin, probable disparition de Bruno Retailleau comme candidat crédible, peut-être au profit de David Lisnard.

Quelques commentaires politiques

 Les éléments qui précèdent résultent exclusivement de la lecture des sondages. Ceux qui suivent relèvent d’une analyse tactique que nous proposons aux lecteurs.

Marine Le Pen domine la campagne électorale, au premier comme au deuxième tour. Sa présence au deuxième tour peut être considérée comme acquise. Elle a réussi à parfaitement manipuler Bardella et à contrôler l’épisode du procès. Nous n’avons pas d’information particulière sur la suite du procès. Une seule question se pose donc : peut-elle être battue au deuxième tour et par qui ? Il faut souligner qu’elle a bénéficié, depuis le début de la campagne, d’une rente de situation, du fait de l’absence d’implication contre elle des autres candidats (voir notre article : « Les erreurs des partis politiques »). Cette situation peut, sur le papier, évoluer. Mais pour le moment, on ne voit pas les prémisses de cette évolution.

Nous avons déjà souligné la situation paradoxale de Jean Luc Mélenchon. Il a une position assez stable au premier tour qui lui permet de figurer au deuxième. Et, en même temps, il obtient les plus mauvais résultats du deuxième tour. Il se pourrait que ce paradoxe ne soit qu’apparent. Mélenchon peut espérer au premier tour : la quatrième place, la troisième place, la deuxième place, et dans ce cas, la deuxième place au second tour. La quatrième place, derrière Glucksmann, serait considérée, y compris par lui, comme un échec qui compromettrait gravement les législatives. La troisième place, si on ne se laisse pas prendre par les rodomontades de Mélenchon, pourrait bien être son objectif réel, ce qui expliquerait le paradoxe. Elle lui permettrait d’être en position de force aux législatives, tout en imputant la défaite à la droite. La deuxième place deux fois, derrière Le Pen, est en réalité une position très inconfortable. Le candidat qui l’emporterait sur Le Pen obtiendrait, dans la situation actuelle, une position de force considérable. Au contraire, celui qui serait battu représenterait la première défaite décisive face à l’extrême droite et personnifierait la débâcle de la classe politique officielle. Ce n’est pas aux sondages que Mélenchon va se fier, mais à son expérience : il sait ce que signifie d’être sèchement battu par Marine Le Pen.

La droite et le centre se sont mis dans une position aberrante, tactiquement et idéologiquement. Etant dans les sondages la plus petite, et d’assez loin, des trois « constellations » (extrême droite, gauche, droite-centre), elle devait impérativement se rassembler. Or elle n’arrête pas de se diviser jusqu’au ridicule. Sur le plan idéologique, pour autant qu’il était avisé d’adopter un positionnement « à droite », sous le prétexte que l’opinion publique passait à droite et à l’extrême droite, la contrepartie indispensable était une opposition agressive au RN. Mais les candidats de cette tendance donnent d’autant plus le sentiment d’accepter la domination du RN qu’ils se gardent bien de le combattre. L’effritement de Retailleau a une nouvelle fois illustré la thèse de la « préférence pour l’original plutôt que pour la copie ». La droite ne cesse de s’en prendre à LFI devenue leur croquemitaine. C’est peine perdue pour eux puisqu’aucun électeur de LFI ne risque de passer à droite, ni aucun électeur de droite de passer à LFI. En revanche c’est une excellente préparation du terrain pour Marine Le Pen qui n’est que sourires à l’égard de Mélenchon.

Philippe est lui aussi caractéristique de cette tactique incompréhensible de la droite. Il en a déjà payé le prix, perdant ainsi en octobre sa position de « challenger » de Le Pen au profit de Mélenchon. Or, au premier tour, ce n’est pas avec Mélenchon que Philippe est en compétition : mais sur sa gauche, avec Glucksmann, qui récupère notamment certaines voix d’Attal, et sur sa droite, peut-être avec Lisnard, qui semble faire mieux que reprendre les voix perdues par Retailleau. Pour autant Philippe n’est pas nécessairement voué à la défaite dès le premier tour. Mais la condition principale de son redressement qu’il n’aurait jamais dû perdre de vue, et imposer à son entourage réactionnaire, est devenue évidente : il doit accepter d’affronter Marine Le Pen, sans attendre le deuxième tour.

Glucksmann qui n’avait pas réussi les premiers mois de campagne de l’année 2026 s’est largement imposé à la primaire et a su tirer parti de ce succès en gagnant certains ralliements. Son hypothèse de « gauche démocrate » ou « sociale-démocrate » s’est révélée plus solide qu’attendue. Il a la possibilité de rejoindre et dépasser Mélenchon mais ce sera difficile. Il se retrouverait ensuite devant une alternative comparable à celle du leader de LFI : viser une troisième place qui confirmerait à gauche sa propre place et celle de son courant, ou tenter réellement l’élection à la présidence (il est sondé à 44% au deuxième tour).

Enfin la campagne peut encore être modifiée par l’arrivée de nouveaux candidats qui penseraient pouvoir remplacer les actuels. A gauche, Hollande est sondé sensiblement plus bas que Glucksmann qui a été rejoint par Cazeneuve. A droite, tous les candidats associés à Macron (Philippe, Attal, Retailleau) rencontrent des difficultés. Après Lisnard, on pourrait assister à une tentative de Xavier Bertrand.

Quels que soient les candidats, la question centrale de cette élection présidentielle reste : affronter Marine Le Pen pour empêcher l’extrême droite d’arriver au pouvoir.

Remarques de méthode

En octobre, les sondages sont devenus fréquents. Nous en avons dénombré 12 ; mais nous n’avons pas retenu le sondage d’Opinion Way du 21-22/10, qui ne présentait qu’un scénario, lequel ne correspondait pas à notre modèle de référence (voir plus bas). En revanche, les instituts multipliant les scénarios, nous avons ajouté quatre séries de données, soit finalement (12-1+4) : quinze nouvelles séries. Il y a certaines contradictions entre les sondages mais elles ne semblent pas atteindre un niveau alarmant.

Les instituts présentent souvent un grand nombre de scénarios. Cette méthode a des avantages à condition de ne pas apporter à la lecture la même importance à des scénarios sans consistance et aux cas de figure les plus probables. Par exemple, pour le sujet clé du passage au deuxième tour, il n’est pas significatif qu’un candidat y arrive en face de plusieurs rivaux qui n’ont aucune chance ; il faut qu’il arrive à supplanter le ou les candidats qui sont des rivaux effectifs. C’est précisément le sujet actuel du duel Mélenchon-Philippe.

Nous n’avons pas cherché à « agréger » l’ensemble des résultats des instituts. Nous avons adopté une méthode différente, en ne retenant, pour comparaison, que les scénarios où figurent au moins cinq candidats (Le Pen, Retailleau, Philippe, Glucksmann, Mélenchon), mais en les retenant tous, considérant que cet ensemble était celui qui s’approchait le plus d’un « scénario de référence ». Normalement nous ne reprenons pas le scénario où Philippe et Attal sont en concurrence, ce qui ne signifie pas que toutes les voix d’Attal auraient vocation à se reporter sur Philippe.

Il faut signaler deux exceptions cependant, déjà anciennes : Ifop du 09-11/09, et Verian ne donnent qu’un scénario comprenant à la fois Philippe et Attal (donné à 7% et 8 %), cas de figure que nous n’avons donc pas retenu pour les autres sondages.

Notre méthode nous semble robuste pour traiter du principal sujet : qui sera le deuxième candidat au second tour, puisque la place de Le Pen lui semble acquise. Elle ne permet pas de faire des hypothèses sur le rapport de forces au second tour, à partir des données du premier : dans ce cas, nous partons des sondages portant sur le deuxième tour lui-même directement.

Cette méthode a ses faiblesses. Elle ne permet pas de rendre compte d’une situation où les « petits » candidats rattrapent et dépassent des candidats mieux situés, en l’espèce, un des cinq candidats retenus. Si Attal dépasse Philippe, ou si Tondelier dépasse Glucksmann, les séries ne sont plus très utiles. Une telle situation pourrait se présenter avec la candidature de Lisnard qui, apparu assez haut, a assez rapidement dépassé Retailleau. Nous en parlons dans les commentaires.

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